‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 9 sur 110 · XXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVIII INTRODUCTION

21 avril 1790, je fus reconnu et reçu vainqueur de la Bastille à l'assemblée générale de mes frères d'armes en présence de MM. les Commissaires, nommés par la ville à Teffet d'examiner les preuves justifica,tives des services de chacun (i). » Cette petite histoire montre comment un habile homme pouvait, en ne ménageant pas sa bourse, se faire admettre au nombre des vainqueurs de la Bastille, bien qu'il fut arrivé après la bataille.

Fournier ^Américain n'a guère eu plus de chance que Curtius ; comme lui, il est survenu au dernier moment sur le lieu de l'action ; mais il ne cherche pas à déguiser la vérité par de belles phrases ; il l'avoue franchement en ces termes : « Quant à l'expédition de la Bastille, il n'a pas eu l'honneur de monter avec sa troupe à la brèche, mais celui dé faire partie de ceux qui en ont formé le siège avec les braves de sa troupe, puisqu'il y est entré sur les quatre heures, c'est-à-dire une demi-heure après [sic) la reddition de la place dont le feu a blessé, à ses côtés, mortellement un soldat des gardes françaises et un jeune homme de quatorze ans, qu'il a fait porter à la ville pour y recevoir des secours (2). » Aussi peut-on négliger absolument ces divers mémoires où l'on ne touve rien d'utile pour l'histoire de cette journée (3).

Pour en finir avec les relations des assiégeants, il faut encore en examiner plusieurs, qui sont plus ridicules les unes que les autres. La première est celle d'un nommé Pannetier (4), qui énumère ainsi ses qualités : Soldat de la milice parisienne, marchand épicier de Paris, établi rue du Faubourg- Saint- Antoine y vis-à-vis celle de Reuilly. Elle est intitulée : Hommage à VAs-

(2) Mémoire remis par Fournier au district de Saint-Eustache, le 16 août 1789, publié dans la Rzvue rétrospective du i^f juillet 1889, p. 20.

(?) Mémoires secrets de Fournier l'Américain, publiés par F. -A. Aulard, pour la Société de l'Histoire de la Révolution. Paris, 1890, in-80.

(4) Cette relation inédite est conservée aux Archives nationales sous la cote C. j), no 298,

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semblée nationale. Tableau du commencement du siège et de la prise de la Bastille par une patrouille commandée par Jean-Armand Pannetier, citoyen du faubourg Saint- Antoine, Ce titre seul donne une idée de l'œuvre. Cet épicier était de haute et forte stature ; c'était son seul mérite. Il fit la courte échelle aux braves citoyens, qui, montés sur ses épaules, parvinrent à grimper sur le toit d'un des petits bâtiments construits dans la cour du Passage ; de là ils arrivèrent aisément sur le mur du chemin de ronde qu'ils suivirent jusqu'au corps de garde de l'avancée ; ils se laissèrent glisser sur le toit et descendirent dans la cour du Gouvernement ; ils baissèrent le petit pont-levis, ce qui permit aux hommes de la patrouille de Pannetier d'enfoncer la porte à coups de hache et de les rejoindre ; ensuite ils ouvrirent le grand pont et la porte cochère et par cette entrée la foule se précipita. C'est à ce moment que la garnison ouvrit le feu sur les envahisseurs qui s'enfuirent de tous côtés. Et, s'il faut en croire Pannetier, le gouverneur aurait "même fait remonter les ponts-levis, quoiqu^on eût arboré le drapeau blanc en signe de paix; ceux qui se trouvaient encore dans la cour auraient failli périr. Ce sont les seuls renseignements un peu précis qu'on trouve dans cette relation ; mais comme ils sont contraires à ceux que fournissent d'autres rapports plus sûrs, il est bien difficile d'en faire usage, d'autant plus que, Pannetier n'ayant pas daté son récit, il est impossible de savoir à quel moment il a été rédigé.

La note remise par le brasseur Santerre au secrétaire de l'Assemblée des électeurs ne contient rien de plus que ce qui est imprimé au procès-verbal de la séance du 15 juillet 1789 (i). Il prétend bien qu'à la tète d'une troupe de quatre cents hommes il partagea tous les travaux du siège ; mais son rôle actif s'est borné à faire

(i) T. I, p. j8j. Cette note se trouve aux Archives nationales sous la cote C. IJ4. 2.

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préparer des pompes à incendie pour lancer sur la forteresse de l'huile d'œillet et d'aspic enflammée avec du phosphore ; malheureusement quand les pompes arrivèrent sur la place, la Bastille venait de se rendre ; il ne put même pas essayer cette belle invention.

Il n'y a rien du tout à tirer de la brochure que le fameux patriote Palloy fit imprimer en 1 790 sous ce titre : « Relation sur la prise de la Bastille. Hommage à V Assemblée nationale du modèle de la Bastille, etc.[i). » La relation proprement dite, qui n'a que sept pages, a toutes les apparences d'être Fœuvre d'un homme de bonne foi, mais d'une crédulité enfantine. Il raconte qu'il accompagna une députation parlementaire et il accuse le gouverneur de Launey d'avoir tourné le dos aux députés d'un air de mépris et d'avoir fait tirer sur eux. Il rapporte sérieusement les contes que lui aurait faits ce jour-là un blessé auquel il donnait quelques soins. « Il me dit qu'il était entré à midi dans la Bastille ; qu'on lui avait dit que lui et les autres pouvaient entrer, qu'on leur donnerait des armes tout de suite ; que, s'étant présenté avec d'autres, on eut grand soin de les laisser avancer passé le premier pont-levis, où on fit une décharge sur eux, en leur disant : Voilà les armes que nous avons à donner, et qu'il y en a eu six de tués et beaucoup de blessés. » Telles étaient les fables qui étaient encore sérieusement répétées à la fin de l'année 1790 (2).

Quant au Détail intéressant et jusqu'à présent ignoré sur la prise de la Bastille fait par un assaillant de la Bastille à un de ses amis blessé au même siège (3), cette œuvre d'un sieur P. Rousselet n'est qu'un

(i) Imprimerie J.-B. Hénault, 1790, in-40, VIII, 50 pages. Cette publication n'est pas signée; mais comme le fait remarquer avec raison M. Tourneux, elle est due, selon toute vraisemblance, à Palloy.

(2) Cette brochure n'est pas datée, mais on y trouve l'extrait du procèsverbal de la séance de l'Assemblée nationale du 2 septembre 1790, où Palloy présenta un modèle en relief de la Bastille.

(j) S. n. 1. d. in-40 de 52 pages.

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long galimatias, qui paraît écrit par un fou. On ne trouve dans ces trente-deux pages in-4° que des apostrophes et des phrases déclamatoires, amphigouriques, mais pas un seul détail précis.

Le récit fidèle non publié jusqu'à ce jour de la prise de la Bastille... par un ancien offi^cier au régiment des gardes françaises (i), est plus sérieusement écrit. Il est l'œuvre du marquis de Sainte-Fère, qui le publia en 1833, ^ propos de la discussion de la loi sur les récompenses nationales à accorder aux vainqueurs de la Bastille. S'il fallait en croire l'auteur, il se serait borné à rapporter fidèlement le récit que lui aurait fait un de ses parents : « Celui, dit-il, qui a le plus concouru à la prise de cette forteresse et dont le nom connu très certainement de M. de la Fayette n'a jamais été révélé et pour cause, est mort aujourd'hui; il était mon parent et de plus lieutenant dans la même compagnie du régiment de gardes françaises dans lequel je servais ; il m'a raconté lui-même cette expédition (2)... Maintenant je vais laisser parler l'officier lui-même, M. le chevalier de Laizer, officier plein de cœur, de sang-froid et de prudence. Voici le récit qu'il m'a fait de son expédition huit jours après (3). » Or M. le chevalier de Laizer ne vint à la Bastille que dans la nuit du 14 au 15 pour disputer le commandement de la forteresse à Seules (4) auquel le comité de l'Hôtel de Ville en avait confié la garde. Il y a donc lieu de penser que ce prétendu récit- du chevalier de Laizer n'est qu'une fiction imaginée par le marquis de Sainte-Fère pour donner un peu plus d'autorité à sa polémique contre les

(i) Paris, i8j5, in-80.

(4) Voyez la relation de Soulès, qui lui-m<5me ne vint à la Bastille que très tard dans la soirée du 14, Événements de Paris ou procès-verbal de ce qui s'est passé en ma présence depuis le 12 juillet 1789. Imprimerie Cailleau, s. d. in-8.

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partisans de la Révolution, à moins toutefois que le chevalier n'ait voulu se moquer de son parent en lui faisant un conte inventé à plaisir. Quoi qu'il en soit, ce récit est une œuvre de pure imagination dont l'historien ne peut rien tirer.

Telles sont les relations émanées des assiégeants que nous avons aujourd'hui à notre disposition. Pour les classer il faut, diviser en deux périodes bien distinctes ce qu'on est convenu d'appeler le siège de la Bastille. La première s'étendrait jusque vers trois heures après-midi, jusqu'à l'arrivée des gardes françaises et des troupes bourgeoises qui, sous le commandement de Hulin, commencèrent alors la véritable attaque de la forteresse ; la seconde irait depuis ce moment jusqu'à la reddition. La plupart de ces relations ne donnent de renseignements sérieux que sur l'une ou l'autre de ces deux périodes, Pitra, il est vrai, et Dusaulx avaient bien l'intention de faire un récit complet ; mais ils n'y ont pas réussi ; d'ailleurs ils ne furent pas témoins oculaires des faits qui se passèrent hors de l'Hôtel de Ville. Pour la première période, le document le plus important et sans contredit le Procès-verbal des Electeurs ; car on y trouve tous les ordres donnés parle comité permanent et les rapports des diverses députations envoyées à de Launey. Il faut y ajouter la relation de Boucheron etle Récit explicatif ^ inspiré, sinon dicté par Thuriot de la Rozière. La dernière période est fidèlement racontée dans le Précis exact que complètent suffisamment sur la dernière attaque etla reddition la Journée de J.-B.Humhert et le Service fait par Cholat. On peut négliger presque totalement V Histoire de France pendant six semaines ou pendant trois mois et les autres récits individuels.

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RELATIONS DES ASSIÉGÉS — MEMOIRE DES INVALIDES PUBLIÉ PAR LA BASTILLE DÉVOILÉE — RELATION DITE DE GUYOT DE FLE- VILLE — ATTAQUE, DEFENSE ET REDDITION DE LA BASTILLE — LETTRE DU LIEUTENANT SUISSE LOUIS DE FLUE A SES FRÈRES — RELATION DU MÊME, PUBLIÉE PAR TASCHEREAU DANS LA REVUE RÉTROSPECTIVE — AUTRE VERSION ÉDITÉE PAR FIEFFE.

On n'a que deux relations des assiégés ; mais chacune d'elles se présente sous trois formes différentes. La première de ces relations émane des sous-officiers invalides qui formaient la plus grande partie de la garnison de la Bastille et l'autre a pour auteur le lieutenant Louis de Flue, qui commandait le petit peloton de trente hommes du régiment de Salis-Samade, envoyé comme renfort au gouverneur de Launey quelques jours avant le 14 juillet 1789.

Jusqu'en 1834 on ne connut que la Relation des Invalides.

Elle fut d'abord publiée sous sa première forme au commencement du mois de septembre 1789 dans la deuxième livraison de la Bastille dévoilée. On ignore quels sont les auteurs de ce recueil dont le premier fascicule parut vers la mi-août chez Desenne au Palais- Royal. Cette boutique était depuis plusieurs années le rendez-vous de tous les amateurs de nouveautés littéraires que cet habile libraire savait leur procurer en dépit de la police. Après la Révolution, lorsque la presse fut libre, Desenne conserva sa vogue pendant un certain temps et il publia plusieurs ouvrages d'actualité, dont la Bastille dévoilée. C'était bien certainement une spéculation de librairie, dont le but était d'exploiter la curiosité du public en lui débitant par tranches les papiers

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enlevés aux archives de la forteresse après sa reddition et tombés on ne sait comment entre les mains de Desenne.

Les bibliographes, qui ne veulent pas avouer leur ignorance, prétendent que ce recueil est l'œuvre d'un certain Charpentier, qui aurait été assisté par Manuel (i); mais ils ne donnent pas la moindre preuve à l'appui de leur dire et leur autorité me paraît insuffisante. Dans la préface de la première livraison on lit ce paragraphe qui ferait supposer- que nous avons affaire à une œuvre collective : « Un comité de gens de lettres et de citoyens zélés s'est chargé de la rédaction des papiers conquis, qui lui ont été et qui lui seront remis, et ce qu'il publie en ce moment est le premier fruit de ces travaux. Il continuera le dépouillement et l'analyse de tout ce qui lui lui est confié; c'est le seul moyen de conserver des pièces intéressantes, déjà éparses et qui dans peu seraient perdues sans ressources, si on ne les recueillait au plus tôt. Il recevra avec reconnaissance celles qu'on voudra bien lui communiquer encore. Il a nommé un secrétaire qui est chargé de les coter, de les parapher, d'en délivrer un reçu à leur propriétaire et de les remettre à la première réquisition (2). » Il me semble donc qu'il est plus franc de dire tout simplement : les rédacteurs de la Bastille dévoilée^ jusqu'à ce qu'un document nous apprenne leurs noms (3). .

La première livraison parut dans le mois d'août, mais

(i) Voyez notamment Quérard et Barbier.

(2) Première livraison, p. 4.

{{) C'est ce que fit Dusaulx dans cette note écrite à la fin de mai 1790 : « Voyez, dit-il, la Bastille dépoilée dont les habiles et généreux éditeurs ont déjà publié sept numéros. J'ai opiné à l'Hôtel de Ville pour que l'on invitât ces bons citoyens à se charger de l'examen et de la publication de l'immense et précieux dépôt que nous avons recueilli et dont nous sommes les gardiens. Les éditeurs dont il s'agitse plaignent de notre négligence; et nous, nous les félicitons de leur zèle, mais nous les prions aussi de considérer que depuis la conquête de la Bastille, nous avons continué d'aller au pUis pressé. D'ailleurs livrés tout entiers depuis plus de dix mois à la chose publique, comment aurions-nous pu trouver le temps de

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je ne sais pas quel jour. En effet, au verso du faux titre, on lit cette note : « Les pièces originales seront déposées au Lycée jusqu'à la fin du mois d'août ; tout le monde aura la liberté de les y voir. » Cependant la Correspondance littéraire secrète l'annonce seulement dans son numéro daté de Paris le 5 septembre 1789 (i).

Il ne semble pas que dans leur plan primitif les auteurs de cette compilation eussent prévu la publication d'une notice sur la Bastille, sur son attaque et sur sa reddition dans la journée du 14 juillet ; il ne s'agissait tout d'abord que d'un recueil de pièces pour servir à l'histoire de cette forteresse, considérée surtout comme prison d'Etat. Mais après la publication de leur première livraison, ils changèrent d'avis; ils se décidèrent à composer des notes historiques sur la Bastille et une relation de sa chute. Ils furent peut-être amenés à prendre ce parti par la publication de V Histoire de France pendant trois mois, du Cousin Jacques qui parut, à part et dans le Courrier des Planètes, vers le 16 août. Cette conjecture me semble confirmée par ce fait que leur œuvre est en quelque sorte une réfutation de celle du Cousin Jacques. Au témoignage des gardes françaises suivi par le rédacteur du Courrier des Planètes, ils opposent celui des invalides, qui avaient pris part à la défense du château, mais en le complétant, autant que possible, par des notes émanées de ceux des assiégeants dont les récits n'avaient pas été publiés ou utilisés par leur concurrent.

Cette relation dut être rédigée assez rapidement, car elle fut publiée dans la deuxième livraison qui parut au

compulser les papiers de la Bastille? » La prise de la Bastille, discours historique, édition Barrière, p. 584.

Dusaulx répondait aux reproches adressés au Comité, dont il était membre, par le rédacteur de la Bastille dévoilée en tête de la sixième livraison. Il est probable que petit à petit le secrétaire du Comité dont il est parlé plus haut, avait été abandonné par* ses collaborateurs bénévoles et était resté presque seul, pour faire la besogne.

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commencement de septembre. On ne peut fixer la date du jour d'une façon approximative. Elle est postérieure au 3 puisque dans une note (i) il est fait allusion à un fait qui se passa ce jour-là ; d'un autre côté, elle dut paraître avant que le mois ne fût assez avancé ; car, à la fin de la troisième livraison, on trouve la note suivante qui aurait été ridicule, si le fascicule précédent eut paru à la fin ou même dans la seconde moitié de septembre : c( Nous prévenons, disent-ils, que jusqu'à ce jour 3 (2) octobre 1789, malgré notre invitation on ne nous a fait encore part d'aucune des erreurs, que nous pourrions avoir commises dans le récit de ce qui s'est passé le 14 juillet. Nous invitons ceux qui connaissent des hommes blessés à la Bastille, des veuves et des orphelins qui y ont perdu leur mari ou leur père de vouloir bien nous les adresser, avant la fin du mois d'octobre, munis de bons certificats, pour que nous leur distribuions proportionnellement à leurs pertes et à leurs besoins, les sommes provenant de la vente des trois premières livraisons (3). » On peut encore conclure de ce passage que la troisième livraison ayant été mise en vente peu après le 3 octobre, la seconde avait dû la précéder de quelques semaines ; elle avait sans doute été distribuée vers le 1 5 septembre (4), mais je crois que c'est tout ce qu'on peut dire ; en voulant plus préciser, on risquerait fort de commettre une grosse erreur. Il faut donc, jusqu'à plus ample informé, nous en tenir à ces deux dates : après le 3 et vers le 1 5 septembre.

(i) Deuxième livraison, première édition, p. 114, note i.

(2) Et non le jo comme M. Fr.-F. Br. l'a imprimé par erreur, /. c, p. joo.

(3) Troisième livraison, p. 159 et dernière.

(4) La page 87 de la deuxième livraison dut être imprimée avant le 12 septembre ; car on y lit, à propos des invalides de la garnison de la Bastille, cette phrase : « Ils sont actuellement, nous l'avons déjà dit (p. 5), à l'Hôtel des Invalides, salle de Sainte-Croix. » Or par une lettre en date du 12 septembre le ministre de la guerre approuvait l'établissement à l'École militaire des compagnies de bas-officiers invalides qui étaient à la Bastille et k Saint-Germain, et se trouvaient actuellement à l'Hôtel des Invalides. Tueiey, Répertoire, t. I, p. 15, no i2j.

INTRODUCTION XLVII

A ce moment, le public avait déjà en mains depuis plusieurs semaines^ outre le Précis exact et le Supplément ^^divus en juillet, V Histoire de France du Cousin Jacques, la Journée de J.-B. Humbert et les Récits explicatifs publiés vers la mi-août. Pour prendre la place de ces relations, qui avaient eu beaucoup de succès à leur apparition, les rédacteurs de la Bastille dévoilée firent un eftort considérable. Ils s'adressèrent d'abord aux invalides de la garnison de la Bastille, qui dès le soir du 14 juillet avaient été interrogés à l'Hôtel de Ville en présence des gardes françaises et des bourgeois, et avaient rejeté toute la responsabilité de la résistance et du sang versé sur l'officier suisse Louis de Flue, et sur ses hommes (i). Mais ils ne s'en tinrent pas là; ils cherchèrent à contrôler ce témoignage intéressé. Dans une note en regard du titre ils exposent leur méthode en ces termes :

« Notre principal but dans cette seconde livraison a été de constater l'authenticité de tous les faits relatifs à la prise de la Bastille. Nous n'avons épargné aucunes recherches pour parvenir à la vérité. Tout a été scrupuleusement examiné et consulté. Garnison du château, invalides, porte-clefs, prisonniers, assiégeants, assiégés, tous ont été questionnés et nous n'avons jamais déposé un fait dans cet ouvrage que lorsqu'il a été suffisamment éclairci.

« Nous nous sommes livrés à ce travail avec d'autant plus de zèle que nous ne doutons pas qu'il puisse servir un jour à ceux qui écriront les mémoires du temps. » Mais pour l'histoire du siège de la Bastille, ils ont surtout suivi le récit des invalides ; ils le déclarent eux-mêmes à plusieurs reprises : « Pour le régime intérieur, nous nous sommes adressés aux porte-clefs (2)... Quant à la reddition de la Bastille et aux précautions prises pour la dé-

(i) Voir plus loin, p. l.

(2) Deuxième livraison, p. 4.

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