‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 91 sur 110 · INTRODUCTION CCLXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION CCLXXVII

avait raison de dire que « la prise de la Bastille était reconnue comme le signal de l'émancipation européenne (i). »

En effet, la conquête de cette forteresse par le peuple de Paris n'a pas seulement eu pour conséquence immédiate l'échec des projets de contre-révolution formés par la reine et le comte d'Artois, elle a déterminé à bref délai un changement complet dans la constitution de la société, une réforme agraire dont la France d'abord et TEurope ensuite recueillirent les immenses bienfaits.

Dans la plupart des provinces, les paysans, suivant l'exemple de la capitale, attaquèrent les châteaux, ces symboles vivants de l'odieuse oppression qui pesait sur leur classe misérable depuis des siècles. Il les forcèrent, les mirent à sac et brûlèrent sur les places publiques, en feux de joie, les titres et les chartes, qui consacraient les redevances de toute nature dont ils étaient grevés au profit des seigneurs. Ceux-ci, pour mettre fin à ces représailles de leurs vassaux, durent s'exécuter; dans la nuit du 4 août 1789, les députés de la noblesse, sous la pression de cette insurrection presque générale, renoncèrent à leurs privilèges.

Il est donc permis de dire que la prise de la Bastille fut la cause première de la suppression du régime féodal et de l'affranchissement des campagnes qui, en cette occasion comme en tant d'autres, durent leur salut à la capitale. C'est la prise de la Bastille qui a fondé en France la liberté politique et civile ; c'est elle qui a permis à la Constituante de détruire le pouvoir absolu de la royauté, de supprimer les privilèges du clergé et de la noblesse et d'affranchir la terre.

Ainsi s'explique la haine que cette victoire de Paris inspira tout de suite à tous ceux qui vivaient des abus de l'ancien régime, aux aristocrates et à leurs défenseurs,

(1) Voir plus haut, p. clxx.

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