CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC
vivre que par l'âme qui vous anime et donne la vie à votre corps. (Job. 3.)
Tel est le fondement que je suis obligé de poser ici d'abord pour tout mon édifice et pour le dessein de ce livre de la journée chrétienne et religieuse. Je l'emploie tout entier à vous décrire la méthode la plus facile de pratiquer les actions ordinaires qui composent votre journée ; mais j'entends et suppose qu'elles soient animées d'amour et de charité, à défaut de quoi vous devriez les compter au nombre des choses mortes. Si vous ne faites tout cet exercice journalier avec une fidèle relation de vos actions, de vos affections, de vos paroles et de vos intentions à cet unique objet de nos cœurs, vous ne tenez rien; je vous en avertis une fois pour toutes. Cela supposé, voyons ce que cet amour demande de nous pour sa subsistance.
ARTICLE II
Que la charité doit être affective et effective.
Nous avons la vie de Dieu quand nous avons la charité; mais comme Dieu est tout action et que sa vie n'est qu'un acte très-pur, il faut qu'à son imitation notre vie de charité soit toujours agissante. Dieu s'aime continuellement lui-même et continuellement il agit au dedans et au dehors de lui. Nous devons lui ressembler en cela, faisant du bien à toute heure et rapportant tout à notre unique fin par amour. Brûlez d'amour pour Dieu et ne brûlez que pour lui, le seul
être aimable et le vrai souverain de nos cœurs. Que toutes vos actions soient des sacrifices à Dieu, que votre cœur en soit l'autel et que le feu y brûle sans cesse, selon le précepte delà loi-.Ignis in altari meo semper ardebit. (Lev. 6.) La charité ne devrait jamais s'éteindre depuisl'instantoùle Saint-Espritl'a allumée en nous par le baptême. Si dès lors vous avez laissé mourir ce feu sacré au contact du péché, rallumez-le au souffle de la pénitence et conservez-le à jamais en l'attisant par des actes d'amour, par la direction d'intention et par les pieux élans de l'oraison et de la dévotion.
Mais souvenez-vous que votre feu ne serait qu'un feu de paille si vous ne l'alimentiez que de doux sentiments. Ceux-ci sont bons et nécessaires ; car nous devons aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces ; mais nous ferons cela, quand nous témoignerons par les effets notre véritable et solide affection. « La douce affection envers Dieu peut être en quelque sorte charnelle et trompeuse, dit Richard de Sain t- Victor ; c'est quelquefois un produit delà nature plutôt que de la grâce, du cœur plutôt que de l'esprit et de la sensualité plutôt que de la raison. » [Con. 6, in Cant.) Les effets d'une véritable charité sont ceux qui en assurent la possession et qui la font croître aussi bien que persévérer.
En conséquence, faisons tout le bien possible. On dit communément que la charité est du naturel de Rachel qui crie : «. Donnez-moi des enfants ; sinon, je mourrai. » (Gen. 30.) Les enfants de la charité sont