CHAPITRE V. — CONFESSION SACRAMENTELLE
Eh ! mon Dieu! que sont devenus tant de sacrements? Où se sont abîmées tant de grâces ?0 que c'est un grand jugement de Dieu, disait une âme extraordinairement éclairée, qu'il y a d'effroyables secrets de sa justice envers les âmes qui ne progressent point dans la perfection, quoiqu'elles semblent la désirer!
Pour obvier à ce malheur, pratiquez avec soin les avis suivants.
Que votre volonté de ne plus pécher soit vraie, sérieuse et assez ferme pour être suivie de son effet. Saint Augustin admirait la résolution que David exprimait en des termes qu'il faudrait écrire en lettres d'or sur tous les confessionnaux : « J'ai juré et résolu d'observer les jugements de votre justice. » (Ps. 118). La résolution de ne plus pécher était si forte chez le roi pénitent qu'il la tenait pour un serment solennel. Juravi. Proposez-vous avec une semblable fermeté de ne plus être si lâche, si infidèle, si vain, si colère; bref, de n'être plus vous-même. Mais, ô mon Dieu, que puis-je sans vous? devez-vous ajouter. Confirmez, Seigneur, bénissez ma résolution; et m' ayant donné de vouloir, donnez-moi d'exécuter.
Ce n'est pas encore tout.
Il est bien juste qu'après avoir tant battu le chemin du vice, vous montriez qu'il vous déplaît, en prenant le chemin tout contraire et faisant de dignes fruits depénitence. (Luc, 3.) C'est par les fruits qu'on juge de l'arbre, c'est par ses fruits qu'on jugera de votre confession. Vous avez jusqu'ici flatté votre chair, vous ne lui avez rien refusé; votre état de pénitent exige que
dorénavant vous la punissiez par le jeûne, par la discipline ou par d'autres macérations, et que vous lui donniez autant de peines qu'elle a eu de délices (Apoc. 8.) C'était ce sentiment de juste compensation qui animait sainte Paule Romaine dans ses pénitences. Même en proie aux douleurs de la fièvre, elle voulait toujours coucher sur la dure et ne permettait pas qu'on mît sous elle d'autre tapis et d'autre natte que la haire ; et quoique son directeur, et un directeur tel que saint Jérôme, y voulût apporter de la modération, cette âme dévote et vraiment fervente le conjurait de lui laisser châtier de la sorte les délices de sa vie passée. «Ah! mon père, disait -elle, laissez-moi me faire justice ; que ce visage autrefois tant fardé et peint de vermillon et d'antimoine, contre la loi de Dieu, demeure inculte et négligé ; que ce corps qui a nagé dans les plaisirs soit plongé dans les afllictions ; que les longues et folles risées d'autrefois soient compensées par des pleurs continuels, comme la vanité et le luxe par le dénûment et la pauvreté. » (S. Hieron. EpUaph. Paulœ.c. 7). Ce n'est pas que Dieu prenne plaisir à nous voir souffrir; mais c'est queTon guérit un contraire par son contraire, la mollesse par la douleur, la liberté par la retenue, le scandale par le bon exemple et ainsi du reste. (S. G-reg. Past. p. 3, Àdm. 31.) Si vous avez péché en paroles dissolues, en railleries et en perte de temps, il faut employer votre bouche à louer Dieu , et lire ou l'aire lire des ouvrages de piété. Si vous
avez été pour d'autres l'occasion de mal faire et que vos exemples, vos conseils les aient détournés du bon