‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 106 sur 233 · CHAPITRE V. — CONFESSION SACRAMENTELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — CONFESSION SACRAMENTELLE

armes contre lui. Voilà comment il faut quitter le péché. C'est ce que fit aussi saint Pierre dont il est dit également qu'il sortit dehors, abandonnant le péché sans réserve et, avec le péché, l'occasion de la mauvaise compagnie et des mauvais propos qui avaient causé sa chute.

Considérez avec soin les occasions qui vous ont fait offenser Dieu, et n'affectez pas tant d'assurance. Défiezvous de vous-même et retenez sous vos yeux ces maximes : que dans les occasions les faibles tombent et les forts s'affaiblissent; que nous ne sommes bons qu'autant que nous évitons les occasions d'être mauvais; que, quand vous seriez sûr de résister à l'occasion, il vous est plus avantageux de vous en tenir humblement éloigné, parce que, dit saint Jérôme, « il vaut mieux ne pouvoir périr que de n'avoir point péri dans le danger même qu'on aurait pu éviter ; » (S. Hieron, Ep. 47.) enfin que, si Dieu vous a donné la grâce de quelque vertu, c'est à condition que vous prendrez les moyens de la conserver, et qu'avant tout vous fuirez les occasions de la perdre. C'est là le premier moyen et le plus sûr d'assurer notre pénitence.

Un deuxième moyen est de bien imprimer dans notre esprit le malheur de la rechute, qui serait un grand signe que nous ne nous sommes pas bien confessés. Si le blessé reçoit une seconde plaie dans la même partie que l'on tâche de guérir, il court un danger évident de ne jamais s'en relever. « Etre toujours prêt, dit saint Augustin, à confesser et à commettre les mêmes péchés, c'est n'en sortir jamais

véritablement. (S. Aug. in Psal. 37.) La rechute est toujours pire que la maladie et c'est souvent une preuve que le mal s'est caché, mais n'a jamais été expulsé. Hippocrate dit que, lorsqu'un malade supposé guéri retombe, cette récidive de sa première maladie montre que l'humeur qui la causait n'a pas été suffisamment évacuée. De même, quand nous guérissons de nos péchés par la pénitence, si nous reprenons la même allure que précédemment, il y a grande apparence que la première volonté du péché n'a pas été bien expulsée en nous. Je ne parle point des fautes de surprise et de fragilité qui son t inévitables en cette vie, mais des péchés d'affection, quoique véniels, comme d'inventer un petit mensonge, décomposer ou débiter une petite médisauce, de revenir par attachement ou par aversion chronique aux mêmes aigreurs, auxmêmes sensualités. Cet état est un des plus dangereux qui soient dans la vie spirituelle, si on doit appeler de ce nom la vie d'une âme qui court souvent le risque de changer les sacrements en sacrilèges, faute de vraie conversion et de contrition suffisante. La parfaite conversion vers Dieu est très-difficile à cette âme-là, soit du côté de Dieu qui lui donne moins de grâce, à cause du mauvais usage qu'elle en fait ; soit du côté de l'âme même qui par ses rechutes se confirme en ses péchés et enchaîne sa liberté aux fers de l'habitude ; d'où suit la grande difficulté et la presque impossibilité de revenir tout de bon, et comme il faut, à la ferveur *.

' L'ennemi tenait ma volonté et m'en avait fait une chaîne. (S. Àug. liv. 8, Confes. c. 5.)

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