CHAPITRE VI. — DE LA SAINTE COMMUNION
toucher l'une après l'autre, n'accorda point la même consolation à Madeleine à laquelleil dit de s'éloigner. N'était-ce pas pour tempérer la trop grande ardeur de celle-ci et pour réchauffer l'excessive froideur de celui-là? Si vous êtes trop scrupuleux, timide et porté à vous retirer de la sainte communion, servez-vous de la maxime précédente qui est pour l'ordinaire la plus utile, comme elle est la plus conforme à l'esprit de Dieu et à la volonté de son église. Si cependant vous mettiez à cela une indiscrète ardeur et que toute votre dévotion consistât bien plutôt à communier souvent qu'à le faire dignement et saintement, appliquezvous ce principe, qu'il est préférable de communier mieux et plus rarement que moins bien et plus fréquemment.
Mieux vaut, dis-je, une bonne communion que plusieurs communions, je ne dis pas indignes, mais imparfaites et moins bonnes. Or la personne communie moins bien qui communie avec affection volontaire à quelque péché véniel, sans beaucoup de soin ni de préparation, par coutume, avec des distractions négligées et sans amendement de ses défauts. Ce qui a fait dire à saint Augustin que ces communions-là (quoiqu'elles donnent une certaine grâce) chargent la conscience plutôt que de la sanctifier; et à saint Bonaventure : Qu'une personne recevra plus grande efficacité de grâce en une seule communion faite avec une bonne préparation qu'en plusieurs auxquelles elle ne se prépare pas diligemment. (S. Bonav. 4, dist, 12, p. 2, q. 2.)
Mais quelle est la communion qui doit être appelée communion fréquente?
Troisième maxime. Quoique la maxime suivante soit surtout vraie des personnes non consacrées à Dieu par vœu spécial et que la communion censée fréquente pour des gens du monde le soit beaucoup moins pour des religieux, on peut établir, en règle générale, que la personne qui communie tous les huit jours est censée communier fréquemment.
Mais cela n'empêche pas, et ce sera notre quatrième maxime, qu'il y a des âmes appelées à communier quatre ou cinq fois la semaine et même tous les jours.
C'est au directeur éclairé de votre conscience qu'il appartiendra d'en juger et vous n'avez rien de mieux à faire que de vous en rapporter à ce qu'il vous conseillera.
Pour discerner un peu de votre côté si Dieu désire vous accorder cette grâce, il faut voir si vous avez un grand désir de vous unir à ce bien-aimé Sauveur de votre âme et une profonde connaissance de vos infirmités jointe à l'expérience des puissants secours que vous recevez des sacrements pour opérer votre salut.
Si vous remarquez dans votre âme un grand respect envers cet adorable mystère et un tel accroissement de vertu que les saintes communions vous rendent plus humble , plus charitable , plus patient, il y a apparence que le Sauveur agrée de vous voir approcher très- souvent de sa table eucharistique. Suivez alors ses attraits et courez à l'odeur de ses