DE LA PREPARATION A LA SAINTE COMMUNION
De cette préparation en général.
Il faut tenir ici un juste milieu qui est le siège de la vérité entre les erreurs, comme celui de la vertu entre les vices, et se défier des artifices de Satan qui porte aux extrêmes pour nous jeter souvent de l'excès du bien dans l'excès du mal. Ainsi, dans la matière qui nous occupe, il pourra vous tenter d'exagérer et de mettre à un si haut point la disposition nécessaire pour bien communier que la terreur vous saisira et que vous n'oserez presque jamais approcher de la divine eucharistie. D'autres fois, il vous rendra cette disposition si facile et si simple que vous ne discernerez pas, comme dit saint Paul, le corps du Seigneur. Nous sommes obligés de communier dignement, cela n'est pas douteux et, ce qui ne l'est pas non plus, c'est qu'à proprement parler, nous ne communions jamais assez dignement, comme nous l'avouons en répétant par trois fois : Domine, non sum dignus.
Mais il faut distinguer entre la dignité ou disposition que Dieu mérite et celle que Dieu demande. Si la première nous est impossible et que Jésus-Christ seul ait communié dignement ensecommuniantlui-même, il n'en est pas ainsi de la seconde que nous pouvons et devons avoir et qui est de deux sortes ; car il y a une disposition que Dieu nous demande comme nécessaire et une autre qu'il nous demande comme convenable.
La disposition nécessaire consiste : 1° en ce qu'une âme soit exempte de tout péché mortel; ce sacrement est institué pour les vivants de la grâce, il ne se donne point aux morts du péché ; 2° en ce que l'âme, suivant saint Bonaventure, ait une dévotion actuelle, c'est-à-dire quelque mouvement d'esprit vers Dieu avec la foi du mystère pour discerner cet aliment divin d'avec les autres; c'est pourquoi l'Eglise en prive les insensés et les enfants non parvenus à l'âge de discrétion. D'où vous pouvez conclure que, le discernement actuel est nécessaire. Dijudicate corpus Domini, dit saint Paul.
La disposition que j'appelle convenable ajoute à cela l'exemption même des péchés véniels volontaires et notables. Remarquez ces deux mots. Qu'est-ce qu'un péché véniel notable ? Ce sont des fautes qui n'arrivent pas jusqu'à plonger l'âme dans l'inimité de Dieu, mais qui sont plus grandes que les fautes ordinaires des âmes vertueuses; comme, par exemple, de discourir avecune autre personne pour l'attirer à quelque liberté des sens et la retirer de la perfection où elle allait s'ap-