CHAPITRE VI. — DE LA SAINTE COMMUNION
pliquer, non par obligation de son état, mais par zèle et ferveur de charité ; comme encore de nourrir des affections sensibles envers des personnes de différent sexe et de converser avec elles, non à mauvaise intention, ni avec péril de péché, mais par plaisir naturel et sans presque parler de Dieu. Ce serait aussi un péché véniel notable que de perdre habituellement son après-dînée à jouer. C'en serait un également d'être si attacbé au lucre et à l'argent que la moindre perte excitât en nous des mouvements de colère et de grandes vivacités de parole. Les longues aversions contre le prochain, quoique à un degré véniel, la coutume de mentir ou de médire en matière non assez grave pour constituer le péché mortel, ne laissent pas aussi d'être péchés notables. Quand vous tomberez en quelquesunes de ces fautes, je ne vous interdis pas aussitôt la sainte communion, même fréquente, pourvu qu'elles ne soient pas volontaires, c'est-à-dire que vous ne persistiez pas dans la volonté de les continuer; ce serontalors des péchés de surprise et de fragilité, et, en les détestant sérieusement avec le sincère propos de les éviter à l'avenir, vous pouvez espérer que Dieu qui sait de quel limon l'homme est composé, aura pitié de vous et couvrira votre misère de sa miséricorde. Mais si votre cœur est si affectionné à ces péchés qu'il n'en éprouve aucun déplaisir, de plus si vous êtes encore prêt à y retomber, vous n'êtes pas dans un état qui vous permette la communion fréquente. Efforcezvous donc d'être exempt, outre le péché mortel qui ferait de la communion un sacrilège, des péchés
véniels notables et volontaires. Ajoutez à cela les prières et les exercices de piété que vous pourrez, et vous aurez non-seulement la disposition nécessaire, mais la convenable qui peut être suffisante ou abondante.
La disposition convenable suffisante revient à celle dont nous venons déparier comme nécessaire. Mais la disposition convenable abondante, (si toutefois il peut y avoir quelque chose d'abondant en un sujet où nous ne saurions jamais assez faire,) est celle qui ajoute à l'exemption des péchés mortels et des véniels notables et volontaires l'exemption de tous les péchés véniels, même de ceux qu'on appelle de surprise. Lorsqu'une âme se tenant sur ses gardes en commet fort peu ou qu'en ayant commis, parce que le juste manque sept fois par jour, elle les déplore promptement, fortement et sérieusement devant Dieu, un à un; lorsque, en outre, cette âme ne se contente pas d'une dévotion quelconque et de prières plus ou moins bien faites, mais qu'elle y occupe tout son esprit et toutes ses facultés, elle ne porte pas seulement un cœur pur de souillure, mais un cœur brillant et orné d'une foule d'actes de vertu et embrasé des flammes sacrées du divin amour. Or, pour vous aider à ce qui est plus parfait, je vous donnerai ici une méthode assez facile, entre plusieurs autres que vous pourrez apprendre ou du Saint-Esprit et de ses inspirations, ou des hommes et de leur industrie, ou de vous-même et de vos aptitudes.