‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 116 sur 233 · CHAPITRE VI. — DE LA SAINTE COMMUNION · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — DE LA SAINTE COMMUNION

ARTICLE II

De la préparation eu particulier, et d'abord de la plus éloignée.

Il faut appliquer ici tout votre esprit; je dis tout; car si tout ce qui est en vous et tout ce que vous êtes est fort peu de chose à l'égard de Dieu qui est si grand, voudriez-vous de ce peu de chose lui retrancher une partie pour vous le réserver? Ne direz-vous pas plutôt avec saint Augustin : « Rien de moi ne me reste : quele tout soit vôtre. » Si cet amoureux Sauveur vient tout entier se donner à vous, s'il vous donne sa chair sacrée, son précieux sang, sa sainte âme et son éternelle divinité, avec tous les mérites de son adorable personne, ne devez -vous pas vous consacrer tout entier à lui, le servir sans réserve de corps et d'âme et de toutes vos puissances, avec tout ce que vous avez de savoir et de pouvoir ? Et à quoi vous servirait tout cela, qu'avez-vous à faire de vos facultés, de vos sentiments, de vos connaissances ? A quoi bon la science, la force et le reste, sinon pour les sacrifier à votre Dieu, pour vous offrir à lui en parfait holocauste et lui rendre tout pour tout, tout vous-même qui n'êtes rien pour tout lui-même qui est le vrai Tout. Quand vous avez une affaire de grande conséquence à conduire, elle vous occupe tout entier et vous ne songez plus à autre chose ; devez-vous moins d'attention à cette affaire des affaires et à cette occupation qui est la plus importante de votre vie? Et si, pour bien con-

duire une affaire, il fautlaprévoir de loin, ne devez-vous pas aussi vous préparer à la sainte communion et vous en parler à vous-même ?

Il est vrai que chez les personnes qui communient souvent et presque tous les jours, une communion doit être une préparation à l'autre. Néanmoins, et même en ce cas, je vous conseillerai, pour le moins aux grandes fêtes de l'année, d' apportera votre communion plus de soin et de diligence qu'aux jours ordinaires.

L'avant-veille ou la veille du jour de votre communion, envisagez l'insigne bonheur auquel vous aspirez, la grandeur infinie de ce mystère et l'importance qu'il y a pour vous à recevoir le souverain architecte des mondes et le principe de tout bien. Représenlons-nous comme il est saintement reçu et possédé des anges du ciel, comme il est hautement loué d'eux et de quelle ardeur tous les saints ont été poussés vers le très-Saint Sacrement pour y adorer, embrasser et chérir de tout leur amour leur Seigneur et leur Dieu. Considérons enfin les bons et excellents fruits qui en découlent sur ceux qui en approchent avec les dispositions requises.

Que cette pensée de votre prochaine communion vous serve de frein et impose de la retenue à votre cœur et à votre langue qui doivent y participer. Dites-vous sans cesse : « Garde-toi pur, ô mon cœur ; loin de toi les /aines affections et les mouvements déréglés! garde-toi, ô ma langue, même des paroles superflues; cœur et langue, vous allez donner entrée à votre Dieu et lui servir de résidence.

Page 1