CHAPITRE VI. — DE LA SAINTE COMMUNION
à son Dieu le jeûne, la décence, la modestie, la pureté et tous les témoignages du plus profond respect.
Recueillez donc, en premier lieu, votre imagination vagabonde ; c'est une volage, il la faut arrêter et la fixer sur cet adorable mystère. Y serez-vous moins attentif qu'aux affaires dont vous avez la réussite à cœur? Ce serait chose honteuse que d'apporter ici un esprit distrait et préoccupé , comme il arrive aux personnes qui s'ennuient ou qui s'inquiètent peu de ce qu'elles font et à quoi elles ne mettent aucune importance. C'est votre Dieu qui s'approche de vous et qui vous appelle amoureusement à lui ; il se fait votre hôte et votre convive, il s'offre à vous en nourriture, quel honneur et quelle fête ! Empressez-vous comme Marthe, comme Zachée, comme Lazare ; renvoyez à plus tard toute affaire, toute préoccupation qui ne serait pas celle-là. Laissez, comme Moïse, le menu peuple de tous vos autres soins au pied de la montagne, pendant que, comme lui et encore plus que lui, vous allez là-haut entrer en communication avec votre Dieu.
Pour le mieux faire et ne faire que cela, votre entendement produira un acte de foi vive en la réelle présence du très-Saint Sacrement. «Le voilà, je le sais, le même Dieu fait chair qui règne triomphalement dans le ciel, le même Jésus que la Vierge immaculée a porté dans son sein, le même Rédempteur qui a versé son sang et immolé sa chair pour nous. » Le mystère ou l'évangile du jour de votre communion pourront vous suggérer d'autres réflexions.
Cela fait, renouvelez votre droiture d'intention qui est dans toute action la première et principale chose. Demandez-vous : « Où vas-tu? et pourquoi? » Dites en votre cœur : « Je vais recevoir mon Sauveur Jésus, afin qu'il soit en moi un principe de nouvelle vie, de vie divine et d'opérations divines ; c'est-à-dire qu'après m'être nourri de sa chair et abreuvé de son sang, je devrai rester en lui comme il restera en moi et, par conséquent, n'avoir plus d'amour que pour Dieu, de joie qu'avec Dieu, de sentiments et de jugements que selon Dieu et envers Dieu ; ma sagesse devra venir de Dieu et mes œuvres aller à Dieu. Il me faudra, en un mot, vivre de Jésus et à cause de Jésus ou plutôt faire vivre Jésus en moi et, dans la mesure de ma faiblesse, devenir un autre lui-même. C'est ce qu'il demande et promet dans son Evangile ou par l'organe de ses apôtres parlant de l'Eucharistie. (1 Cor. 11.)
Vous aidant ensuite de la mémoire, vous penserez un peu à la très-douloureuse et très-amoureuse mort et passion du Fils de Dieu. C'est ce qu'il ne faut jamais omettre, puisque Jésus-Christ a institué l'adorable Eucharistie, surtout en mémoire de sa mort et passion. Vous pouvez et devez vous la représenter, quand vous voyez son corps et son sang séparés sur l'autel, comme au jour où, ayant perdu tout son sang, il demeura inanimé et fut mis dans le tombeau. A cette considération vous pouvez en ajouter plusieurs autres que nous allons parcourir, mais brièvement, ne voulant pas tout dire sur une matière inépuisable qui fait l'objet d'une foule de livres spéciaux.