‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 12 sur 233 · CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC

poids du sanctuaire et dans la balance de la justice de Dieu qui sonde les cœurs. Evitez avec grand soin cette manière d'agir ; ne manquez jamais de bien dresser votre intention le matin et ensuite de temps en temps, au moins avant chaque action un peu considérable et importante. Pour bien faire cette direction d'intention , renoncez souvent à vos recherches propres, abdiquez vos intérêts, acceptez la privation de tout plaisir en vos œuvres. Que Dieu soit votre tout et non pas seulement une part de votre vie, et qu'enfin vous puissiez dire avec saint François sérieusement et effectivement : « Mon Dieu et mon Tout. »

Gardez-vous aussi d'un autre extrême où tombent certains esprits qui font moins d'estime des pénitences et des bonnes œuvres, croyant qu'ils ont plus que cela dans leur seule direction d'intention, quoique souvent feinte et imaginaire. Vous trouverez des gens qui ne vous prêcheront que la charité, qui vous diront que c'est là toute la plus haute sainteté et l'unique source du mérite, de tendre uniquement à la gloire de Dieu. « Je dédie mes œuvres au Roi des rois » ; voilà, disent-ils avec le Psalmiste, (Ps. 44) la bonne parole qu'a prononcée leur cœur; et cette parole, à les entendre, contient et produit la perfection. Il n'en faut pas davantage. Eh quoi ! vous ne considérez pas si vous êtes encore embarrassé dans vos péchés, dans des passions non éteintes et dans les affections déréglées qui sont le poison de l'amour de Dieu, dit saint Augustin, et avec lesquelles vous ne pouvez avoir ni droiture d'intention ni amour réel et véritable. En ce

cas, l'amour dont vous vous prétendez animé est illusoire, bon peut-être à flatter votre orgueil, mais incapable de toucher le cœur de Dieu. Vous pensez avoir une pure intention vers Dieu et elle est crochue, elle revient à vous. C'est que vous avez ouï dire tant de bien de cette pureté d'intention, on vous en a tant vanté le mérite, on vous l'a montrée si agréable à Dieu, que la vue de pareils avantages vous a donné quelque envie de la pratiquer, ne fût-ce que pour votre intérêt spirituel. Cela est si facile et si utile ! vous a-t-on dit ; vous y courez, vous le faites au moins de bouche et aussi de cœur, à ce qu'il vous semble ; « mais souvent l'esprit se ment à lui-même sur sa propre pensée, » comme dit saint Grégoire. (Past. p. 1, 9.) N'agir que pour Dieu! mais c'est tout ce que peut faire un chartreux, après s'être exercé quarante et cinquante ans dans la pratique de la vertu. Non, non ; ne vous y fiez pas et ne soyez pas le jouet d'une illusion ; si vous êtes encore apprenti au service de Dieu, n'allez pas commencer à bâtir par le faîte, au lieu de commencer par les fondements. Si vous avez encore de mauvaises habitudes, des inclinations vicieuses, la pure intention n'est pas votre fait.

Sans doute la voie de la charité est la plus excellente de toutes les voies; saint Paul le disait lui-même aux Corinthiens ; (1,2.) seulement il reconnaît ailleurs qu'elle n'est pas pour tout le monde, mais pour ceux dont Dieu même dirige le cœur en ce chemin de son amour. (II Timot. 3.)

Le vin, par exemple, est le meilleur des breuvages ;

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