CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC
mais il ne vaut rien à un homme fébricitant. Purgez premièrement vos mauvaises humeurs, diminuez le sang de vos passions, affaiblissez la fièvre de votre cupidité et alors ce vin du Saint-Esprit qui enivra les apôtres, après une longue préparation, vous pourra être communiqué en temps et lieu. Commencez par la voie de crainte et de pénitence la carrière spirituelle du service de Dieu ; avancez par la victoire sur vos passions, par la fuite du péché et par la réforme de vos dérèglements ; poursuivez par l'exercice des vertus et des bonnes œuvres, de tous les degrés ; poussez encore plus loin par les prières et par les oraisons qui vous obtiendront le secours du ciel, et à la fin vous trouverez ce que vous cherchez. Envisagez d'abord Dieu comme votre juge et votre Seigneur et il vous dira par son prophète Malachie : « Si je suis maître, où est le respect et la crainte que vous avez de moi? (Malach. 1 .) Après cela, vous prendrez courage et il vous permettra de le regarder comme votre père, en vous disant par le même prophète : « Si je suis père, où estl'honneur que vous me devez ?» (Malach. 1 .) Puis il ne dédaignera pas de se donner à vous comme époux et il vous dira, suivant la pensée de saint Bernard : « Si je suis époux, où est l'amour que vous me portez? Car Dieu, ajoute le même docteur, exige de nous ces trois choses : d'être redouté comme seigneur, d'être honoré comme père et d'être aimé comme époux. » (S. Bern., Serm. 83, in Canl.) Mais il ne faut pas, dès le principe, qu'une âme vile et grossière, encore toute souillée de ses désordres, ait la présomption d'épouser
la Majesté infinie d'un Dieu et de lui adresser le langage familier du cœur et de l'amour. Les esprits même les plus épurés qui peuvent avoir ce privilège, n'osent pas s'en tenir pour assurés et n'en doivent pas toujours faire usage ; combien moins une âme qui sort à peine du bourbier de ses vices , si toutefois elle en est sortie 1
Travaillez donc au commencement, bien plus pour sortir de vous-même que pour entrer en Dieu, domptez votre corps par l'austérité ; humiliez votre esprit par d'humbles et fréquentes supplications, brisez votre cœur par la pénitence, maîtrisez vos passions par l'abnégation intérieure et le renoncement à vous-même, brisez vos inclinations par la souffrance des contraires et vous verrez ce que la grâce opérera en vous, pour vous avancer dans une plus intime union avec Dieu.
Ce n'est pas que je veuille vous déconseiller et, quel que soit votre état, encore moins blâmer en vous la direction d'intention; au contraire, je désire de tout mon cœur vous la bien persuader et vous porter à la pratiquer le matin, et souvent, lors même que vous seriez imparfait et mal habitué ; car, comme dit saint Bernard : « Sans amour la crainte est pénible et le respect désagréable; la crainte est servile, quand l'amour ne l'inspire pas, et le respect qui ne provient pas de l'amour, n'est plus respect, mais flatterie. Il faut que l'amour mette la crainte en liberté et fasse rendre l'honneur avec sincérité et sans dissimulation. » (S. Bern., 83, in Cant.) Aimez, en le craignant, ce souverain maître; aimez ce divin Père, en l'hono-