CHAPITRE VI. — DE LA SAINTE COMMUNION
vous et qui suis-je ? » C'est tout ce que je puis dire ou plutôt penser ; ce contraste m'effraie et mon esprit s'y perd dans un profond sentiment de respect et de reconnaissance? «Qui êtes -vous et qui suis-je?» (S. Aug. Tr. 56 in Joan.)
2. Considérations pour exciter l'amour et la confiance envers le très-Saint Sacrement.
Rappelez-vous l'étonnante miséricorde avec laquelle Jésus recevait les pécheurs. Ce bon Sauveur fut toujours si doux et si affable envers eux, qu'on le blâmait de les accueillir et qu'on tentait de faire paraître sa douceur criminelle. « Yoilà qu'il reçoit les pécheurs et qu'il mange avec eux, «disaient de lui les superbes pharisiens. (Luc. 5.)
Que le langage du Sauveur était différent ! et que ses paroles respiraient de compatissance et d'amour! On ne saurait trop les relire : « Venez à moi, disait-il, vous tous qui êtes éprouvés et surchargés et je vous soulagerai; car je suis doux et humble de cœur. » (Matth. 1 1 .) 0 que ce Seigneur est doux en effet! Le miel est amer en comparaison. Lorsqu'il vivait parmi les hommes, un aveugle venait à lui disant : « Seigneur, que je voie, s'il vous plaît. « Domine, ut videam. (Luc. 18.)Respice, regarde. «C'était laréponse de Jésus. Un lépreux accourait à son tour et disait : « Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me purifier. » Et le bon Jésus répondait : «. Je le veux, sois purifié. » A un paralytique il disait : « Lève-toi et marche. » (Matth. 8.) En un mot, dit saint Pierre, il passa en faisant le
bien et en guérissant, suivant ses ineffables paroles, non les personnes saines qui n'ont pas besoin de médecin, mais les infirmes pour lesquels il était venu.
Voyez-le au festin du pharisien où une pécheresse publique est à ses pieds. Il ne prend goût qu'à une sorte de mets, je veux dire à cette âme que la pénitence lui amène et lui présente. Offrez-vous de même à lui et, en retour du pain des anges dont il va vous nourrir, priez-le de recevoir aussi, comme un aliment auquel son cœur aspire, votre pauvre âme, quoique pécheresse et misérable. Ah ! de grâce, divin Jésus, que la miséricorde dont vous avez usé envers la Madeleine ne soit pas la dernière, reportez-la sur moi, je vous en conjure. Je n'ai point assez de larmes, il est vrai, pour laver vos pieds; mais vous avez versé assez de san g pour laver tous les péchés du monde. Suppléez, ô mon Dieu, par votre bonté et par vos mérites à tous mes manquements, à toutes mes misères et à à toutes mes impuissances. Mes efforts et mes préparations ne sont rien au fond ; apportez vous-même, Seigneur, les ornements de votre maison, c'est-à-dire de ma pauvre âme. C'est ainsi que font les rois de la terre, quand ils vont en voyage ; pour ne pas être pris au dépourvu, en même temps que pour ne pas incommoder leurs sujets, ils se font précéder des meubles et des ornements qui conviennent à leur dignité. Faites de même, ô mon Roi, envers moi qui vais vous recevoir et qui n'ai pas de quoi vous offrir une cligne hospitalité; ne venez pas seul dans une demeure pauvre