‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 121 sur 233 · CHAPITRE VI. — DE LA SAINTE COMMUNION · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — DE LA SAINTE COMMUNION

et nue ; que votre infinie bonté m'envoie les grâces et les saintes dispositions qui couvriront mon dénuement.

Et vous, Père éternel, ne vous indignez point de ma témérité d'oser ainsi approcher d'une sainte table qui est à vous et à vo.s anges. Le roi David souffrit à sa table le pauvre boiteux Miphiboseth, en considération de ce qu'il était fils de Jonathas, son ancien ami, et à l'intention d'honorer dans ce malheureux convive son bon et brave père défunt. Jésus, votre fils, est notre père, ô Dieu tout-puissant; nous portons le nom de chrétiens, il nous a aimés comme ses enfants et aimés jusqu'à la mort. J'ose donc aussi, moi qui n'ignore point mes difformités et ma laideur spirituelle, vous dire avec le roi-prophète : « Détournez les yeux de moi et abaissez-les sur la face de votre Christ. » (Ps. 33.)

J'ai la confiance que vous daignerez me supporter pour lui qui a tant souffert pour vous-même, pour votre gloire et aussi pour moi. Recevez-moi à votre table en son nom, puisqu'il s'est uni à nous et qu'il a dit que ce qu'on ferait au moindre des siens, il le tiendrait pour fait à lui-même. »

Animée de cette pieuse et filiale confiance, votre volonté désirera ardemment de posséder celui qui est tout bien, celui qui est le remède à tous nos maux, comme dit saint Ignace martyr, celui qui, étant au sein du Père éternel la source de tout bonheur, vient sur nos autels pour y être la source de toute grâce. Ah! si nous connaissions mieux ce bon Jésus, comme nous joindrions nos désirs enflammés à ceux

qu'il ressentait lui-même à la dernière cène, lorsqu'il disait : J'ai désiré d'un grand désir, desiderio desideravi, de manger cette pâque avec vous, avant d'aller à la mort! Excitez-vous au même sentiment d'amoureuse impatience et de vive langueur. Répétez ce verset de Job que les docteurs et l'Eglise même appliquent à l'Eucharistie : « Qui me donnera de sa chair pour m'en rassasier? » (Job. 3. S. Chrys. Hom. 45 in Joan.) Jésus est si aimable et si doux que, suivant l'expression de l'épouse des Cantiques , « Il est tout désirable. » (Gant. 5.) Oui, tout ce qui est en lui est désirable et précieux. Son sang nous a rachetés, sa chair nous nourrit, son regard convertit les pécheurs, son toucher guérit les malades, le souffle de sa bouche communique le Saint-Esprit et sa salive même rend la vue aux aveugles. Jésus est vraiment tout désirable; aussi les anciens chrétiens appelaient-ils le Saint-Sament desiderata, la chose désirée, le désir.

Oh ! que n'avons-nous un peu de cette ardeur dont la sainte Vierge brûlait, quand elle communiait tous les jours de la main de saint Jean, l'apôtre de la charité, et que, comme dit Gerson, possédant de nouveau Jésus dans son sein, elle renouvelait les indicibles caresses de la plus tendre des mères envers le plus aimable des fils.

Que les premiers chrétiens étaient différents de nous, eux qui sortaient de la sainte table tout embrasés d'amour, courant aux flammes, aux tortures et aux gibets! Le sacrement d'amour est le même en puissance et en vertu ; mais c'est nous qui avons

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