‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 14 sur 233 · CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC

rant au moyen de deux choses. Vous devez, en premier lieu, vous souvenir constamment que votre pureté d'intention actuelle n'est encore rien auprès de celle dont Dieu vous gratifiera, lorsque vous serez débarrassé de vos péchés. Vous ne tenez encore que l'ombre de la véritable intention toute pure et désintéressée. Dieu sans doute, peut donner celle-ci à qui il veut et il la donne quelquefois aux commençants ; mais je parle pour l'ordinaire et j'indique ce qu'il y a de plus sûr.

En second lieu que votre principale application soit, comme je l'ai dit, sur vous-même, en offrant toujours tout à Dieu.

Rappelez-vous à cet effet le miracle que nous lisons au second livre des Machabées. Les Juifs réduits en captivité trouvèrent au lieu du feu sacré une boue grossière. Cette boue exposée au soleil d'abord caché derrière la nue, n'en reçut pas plus tôt les rayons lumineux, quand cet astre vint à paraître, qu'il s'y alluma un grand feu et que tous en furent dans l'admiration. La même chose arrive dans votre cœur qui a laissé mourir le feu sacré de la charité qu'avait allumé le Saint-Esprit au jour de votre baptême. Vous êtes devenu terrestre et, pendant la captivité du péché, votre cœur a été changé en boue; vos actions, vos paroles, vos pensées, vos intentions, tout allait à la terre, aux biens caducs et aux plaisirs sensibles. Maintenant, vous voulez venir à Dieu, vous êtes dans la vie purgative, vous faites pénitence et gémissez dans la crainte et dans la peine. Il y a un feu virtuel et

peut-être un l'eu actuel qui vous demeure inconnu ; d'ailleurs, le divin soleil vous est encore caché sous la nuée de ses jugements secrets; exposez-lui cette boue, je veux dire votre pauvre vie et vos chétives dispositions, en dirigeant souvent le plus purement que possible vos intentions vers Dieu, en ouvrant votre cœur à la grâce, en lui offrant et consacrant chacune de vos actions, et aussi vos bons désirs; peut-être le Seigneur soulèvera-t-il le voile qui le recouvre et vous montrera- t-il un meilleur visage ; peut-être vous enverra-t-il quelque rayon de sa grâce et ce rayon rallumera-t-il en votre cœur le grand feu de la charité que vous avez laissé mourir, ou dont la vigueur ne se révélait plus à personne.

Cette comparaison nous exprime sensiblement notre misère et la divine miséricorde, elle nous montre la bassesse de notre âme dont nous ne devons rien présumer de juste et de méritoire, si droites que nous paraissent nos intentions. Elle nous montre aussi le Dieu de bonté, qui se cache à nos yeux, tant que nous sommes esclaves de nos affections déréglées et de qui cependant, si nous faisons notre possible en bonnes œuvres, nous pouvons et devons humblement espérer le rayon de grâce, le feu de charité.

Page 1