‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 135 sur 233 · CHAPITRE VIII. — DE LA LECTURE SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — DE LA LECTURE SPIRITUELLE

digérerez de la façon qui servira mieux votre dessein et conviendra mieux à vos dispositions; vous en nourrirez votre esprit et vous fermerez ainsi l'accès aux pensées étrangères.

Faites surtout cela le soir, afin d'avoir matière d'un saint entretien pour toute la nuit et de vous trouver le lendemain d'autant moins éloigné de Dieu. Comme celui qui veut conserver le feu de la veille jusqu'au jour suivant couvre de cendres quelques charbons allumés, ainsi quiconque désire trouver le matin en sa méditation le jeu de la dévotion, doit confier à sa mémoire quelque sujet de pieuse récollection qui lui revienne à son réveil. C'est aussi ce qu'ajoute saint Bernard.

« Etant sur le point de prendre votre repos, dit-il, ayez toujours une sainte pensée dans votre mémoire, une pensée dans laquelle vous vous endormiez, qui vous occasionne même de bons rêves et qui vous reprenne à votre réveil. Ainsi la nuit vous sera aussi claire que le jour, ainsi vous sera-t-elle comme un jour délicieux. Vous dormirez doucement, vous reposerez tranquillement, vous vous éveillerez gaiement, vous vous lèverez facilement et, une fois levé, vous ferez sans peine vos exercices spirituels à peine interrompus pendant votre sommeil. » Ce que saint Bernard dit ici des songes ne doit point vous étonner ; la sainte Vierge même, au rapport de saint Ambroise, songeait souvent pendant son sommeil à ce qu'elle avait lu. Son corps virginal reposait ; mais son esprit veillait pour continuer ce que le sommeil était venu suspendre, il veillait faisant ce qu'elle avait résolu ou

266 LA JOURxNÉE PIEUSE.

préparait ce qu'elle aurait à faire. (S. Ambr. 1. 2, de Virg.)

Dans vos lectures du matin ou du jour, vous devez aussi retenir quelque chose dont le souvenir vous occupe et vous console, en sortant toujours de votre lecture, pareil à celui qui sort d'un jardin avec une fleur à la main qu'il respire de temps en temps comme une émanation et un souvenir du parterre où il l'a cueillie.

Page 1