CHAPITRE IX. — DE LA RÉFECTION DU CORPS
prend avec action de grâces, cela étant sanctifié par la parole de Dieu et par l'oraison. » (2 Tim. 4.) Ce qu'Origène et d'autres docteurs entendent des prières de la bénédiction réfectoriale. « Quand nous avons rendu grâces, dit Origène, c'est-à-dire loué Dieu en bénissant les mets, nous mangeons le pain comme une chose plus sainte qui, par la prière, donne quelque sainteté à ceux qui en usent avec un esprit pur et sincère, v (Orig.l. 8 ad Celsum.)
Récitez donc les prières de la table dans ces pieuses dispositions, sans que le vide de votre estomac affaiblisse votre ferveur ni que la satiété vous appesantisse. Vous n'avez pas seulement à remercier Dieu de ce qu'il vous a donné de quoi vous nourrir; mais de ce qu'il vous a donné la force de manger qui manque à plusieurs à cause de mille incommodités dont vous êtes exempt; de ce qu'il a donné aux aliments le goût et la saveur qui vous en font user sans répugnance et même avec une certaine satisfaction, tant ce bon Père a soin de vous, de votre vie et de votre santé; enfin de ce qu'il a donné aux autres la bonne volonté de vous faire ce bien et de vous le donner, servir ou apprêter. Ce sont tous bienfaits dont chacun mérite reconnaissance.
ARTICLE III
De ce qu'il faut observer pendant le repas.
Nous devons entrer à cet endroit dans quelques détails, dont plusieurs touchent à la bienséance au-
tant qu'à la vertu ; nous le ferons sans hésiter, parce que les actions les plus importantes- se composent souvent de petits accessoires et que l'inobservance des menus détails causant de menus péchés ne laisse pas d'ôter quelque chose au mérite de nos œuvres et d'entraver notre progrès spirituel. Ensuite nous n'oublions pas que nous parlons ici surtout aux âmes que leur état ou leur ferveur engagent dans les voies de la perfection.
Dieu vous commande d'avoir quelque soin de votre corps, donnez-lui donc sa réfection convenable, mais par soumission à Dieu, comme sa créature, et aussi par charité, comme vous feriez au méchant serviteur d'un bon ami. Vous devez haïr votre chair et ses vices ; mais plein d'amour pour celui qui l'a formée et à qui elle appartient, estimez que c'est justice de la nourrir suffisamment. Rappelez- vous d'ailleurs que le Verbe incarné en a usé de la sorte et faites-le encore en union avec lui, vous tenant en sa présence et l'ayant sous vos yeux dans diverses circonstances de sa vie. Considérez-le quand il s'humiliait à manger comme nous ou avec saint Joseph et sa sainte mère, ou parmi des anges dans le désert, après ses tentations, ou avec des pécheurs semblables à vous, ou avec ses apôtres ; mangez donc et louez Dieu de ses biens, ne faisant point d'abstinence extraordinaire sans permission.
Imitez la modestie du Fils de Dieu et des saints, en buvant et mangeant; souvenez-vous, alors, dit saint Dorothée, que vous êtes serviteurs de Dieu ; mangez et buvez comme il convient aux personnes qui portent