‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 15 sur 233 · CHAPITRE I. — INSTRUCTION GENERALE, ETC. Zi · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — INSTRUCTION GENERALE, ETC. Zi

ARTICLE III

Qu'il faut opérer pendant cette vie.

Le Fils de Dieu qui est le prototype de notre vie et de la filiation du divin amour, se fait aussi le modèle de l'amour effectif et des opérations de cette vie d'amour, quand il dit en l'Evangile : « 11 me faut opérer les œuvres de Celui qui m'a envoyé, pendant qu'il est jour ; vient la nuit où l'on ne peut plus opérer. » (Joan. 9.) Jésus-Christ dit ici de lui-même ce qu'il veut que nous prenions pour nous. Voulez-vous savoir quel a été le jour de la vie de Jésus, considérez qu'étant la splendeur du Père, il a paru ici-bas comme un soleil, naissant en la crèche et illuminant l'étable de Bethléem à minuit, montant, plus tard, au midi de sa gloire sur le Thabor, traversant les nuages d'une vie cachée, puis persécutée et enfin se couchant à l'occident de la mort sur le Calvaire, où les rayons de sa lumière se perdirent tout -à -coup dans des ombres épaisses. Tel fut le jour de Jésus-Christ; quelle a été sa nuit? Puisque, selon le langage du philosophe, les privations se connaissent par les qualités, les ténèbres par la clarté, la cécité par la vue, la connaissance du jour de Jésus-Christ doit nous révéler sa nuit. Son jour ayant donc été sa vie, pendant la~ quelle il a fait le bien, éclairé le monde et mérité pour lui-même une gloire accidentelle et pour nous

toute grâce et toute gloire, sa nuit a commencé avec l'heure de sa mort; il avait travaillé trente-trois ans; c'était le temps d'action que son Père lui avait fixé ; il se reposa dès lors et se reposera éternellement.

Or, appliquons-nous cette parole et cet exemple de notre modèle et disons-nous : « Il me faut opérer pendant qu'il est jour. » Ce jour est notre vie durant laquelle Jésus-Christ, notre soleil, luit en nos cœurs jusqu'à la nuit de la mort; jusque-là il nous présente les lumières de ses grâces, de ses inspirations et de ses miséricordes; mais jusque-là seulement. Il agit en ceci comme Alexandre le Grand qui, lorsqu'il assiégeait une ville, ordonnait d'allumer en son camp un feu qui brillait pendant quelque temps aux yeux de la ville ; là-dessus il faisait sommer les assiégés de se rendre, les avertissant qu'il leur offrait une capitulation honorable, tant que ce feu brûlait; mais qu'une fois le feu éteint, il serait trop tard. Le feu brûlant représentait donc Alexandre prêt à recevoir les assiégés en grâce et le feu éteint signifiait Alexandre implacable. J'applique ceci au sanctuaire et dis que Notre-Seigneur en use de même à l'égard de tous les hommes qui viennent au monde. (Joan 1.) Il luit et fait luire ses grâces à nos cœurs, tant que dure la lumière de cette vie ; sauvons-nous durant ce temps-là, travaillons'à la clarté de ce phare céleste; souffrons, prions, aidons notre prochain ; nous pouvons mériter, obtenir miséricorde. La nuit viendra et, le flambeau éteint, Dieu nous dira comme aux vierges folles : « Je ne vous connais pas. On ne peut plus opérer

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