‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 140 sur 233 · CHAPITRE IX. — DE LA RÉFECTION DU CORPS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — DE LA RÉFECTION DU CORPS

vancer sa maîtresse, joie sensuelle qui m'oblige de l'aire pour elle ce que je dois et veux ne faire que pour la santé. Le malheur est que la mesure des deux n'est pas la même ; ce qui suffit à la santé est trop peu pour la délectation; et souvent il y a doute si c'est le soin nécessaire du corps qui exige un soutien, ou la cupidité qui désire un surcroît.

N'excédant point en la quantité de ce que vous prenez, observez la même mesure dans la qualité et ne mettez nulle recherche à user d'aliments exquis et recherchés. Gardez-vous même de choisir, quand vous le pourrez, ce qui flatte davantage votre goût. Si vous avez deux sortes de pain, ne préférez jamais le meilleur, disait saint Bonaventure aux novices ; mais nourrissez-vous du plus dur et du plus grossier, afin de vous renoncer en quelque chose et de ne point frustrer vos frères de ce bon exemple (Reg.Novit. c. 5.) Dites souvent en votre esprit : « 0 bon Jésus, est-ce ainsi que vous me nourrissez des substances créées par vous, moi qui n'ai pas seulement mérité un morceau de pain noir? Que dis-je? un morceau de pain? Je ne suis pas même digne de cette vie, ni de l'air que je respire, et vous me gratifiez libéralement tous les jours de la nourriture que demandent et mon âme et mon corps! 0 immense douceur et puissante force d'amour que celle qui vous fait ainsi traiter un vil esclave et combler de faveurs un ingrat dont la conduite n'appelle que des châtiments! »

Si vous n'avez pas assez de ferveur pour désirer et rechercher dans les aliments les parts qui plaisent le

moins à votre convoitise, réjouissez-vous, ou du moins prenez patience lorsqu'on vous présentera des choses plus viles ou plus mal accommodées qu'aux autres. N'affectez rien cependant et évitez en tout la singularité qui n'édifie point. Il suffit que vous receviez ce qu'on vous présente de bon cœur et comme vous venant de la main de Dieu. Quand vous trouverez mauvais et insipide l'apprêt des mets qui vous sont servis, pensez, suivant le conseil de saint Bonaventure et de saint Bernard, qu'il y a tant de personnes bien meilleures que vous et de plus haut mérite qui se contentent de moins et auxquelles ce que vous mangez paraîtrait encore délicieux. Et puis souvenez-vous de la sainte pauvreté que vous avez vouée et que Notre Sauveur Jésus-Christ a tenue en si grande estime. Embrassez cette pauvreté avec affection, et en toute rencontre professez-la volontiers dans le vivre, dans le vêtement, dans le logement ou en toute autre chose destinée à votre usage. Que si votre cœur bondissait de répulsion devant un aliment et qu'il vous fût impossible d'en manger, dit saint Bernard, tâchez d'en prendre pour le moins un peu, afin qu'il paraisse que vous en avez mangé sans aucun dédain. (S. Bern. Dot. Spirit.) En un mot, ce que votre nature repoussera, que votre esprit plus fort tâche de l'agréer et qu'il essaie de se vaincre par la mémoire des chétifs repas du Fils de Dieu et surtout du fiel et du vinaigre qu'il avala sur la croix.

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