DE L'ENTRETIEN DE L'ESPRIT PENDANT LA RÉFECTION DU CORPS
Voyons maintenant comment l'abstinence corporelle et la modestie extérieure pendant les repas doivent être assaisonnées ou plutôt animées d'entretiens spirituels et de saintes pensées. Il ne faut jamais oublier cette première maxime que toute observance n'est rien si elle est sèche et morte, sans l'intention, sans l'attention et sans les affections de l'âme. C'est pour cela que la lecture spirituelle est ordonnée pendant le repas ; voyons par conséquent la manière dont elle se doit faire et entendre, et aussi dans quelles réflexions peuvent s'entretenir ceux qui seront privés de ce secours .
ARTICLE i.
De la lecture de table.
C'a toujours été l'usage des religieux d'avoir une lecture d'édification pendant le repas de la communauté, comme l'attestent saint Basile et Cassien. Et non-seulement cette louable coutume a été pratiquée parmi les plus anciens moines; mais de Là elle a passé au clergé, en sorte que des conciles l'ont ordonnée à tous les ecclésiastiques pendant leur repas, comme
ceux de Nantes, le troisième de Tolède et celui de Mayence qui prescrit aux chanoines d'écouter la lecture de table.
Cette sainte pratique a trois avantages, elle nous garantit de plusieurs entretiens inutiles et, comme dit Cassien, des discours contentieux qui ne naissent que trop souvent à table; abus dont saint Bernard se plaignait fort en son Apologie.
Elle éloigne notre esprit de l'attachement qu'il pourrait avoir aux aliments, elle nous prémunit contre les satisfactions de l'appétit sensuel et contre les péchés qui en proviennent ; en un mot, dit saint Laurent Justinien, elle nous occupe de choses plus dignes de nous et tient notre esprit au dessus des choses basses et animales.
Elle nourrit l'esprit en même temps que le corps. Il ne faut pas, dit saint Augustin, que la bouche seule use de nourriture; il faut aussi que les oreilles soient affamées de la parole de Dieu.
« Si la chair seule est repue, dit ailleurs ce grand docteur, et non l'âme qui est si noble, la servante sera rassasiée et la maîtresse mourra de faim, chose évidemment injuste et déréglée. »
Saint Benoît et l'auteur des Constitutions du Mont- Cassin appréciaient si fort ces raisons qu'ils ne voulaient pas même que cette lecture manquât à la table des frères et, le moins que possible, à celle de l'infirmerie.
Ils recommandaient aussi aux lecteurs de la communauté de s'acquitter de leur office avec de saintes