‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 142 sur 233 · CHAPITRE IX. — DE LA RÉFECTION DU CORPS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — DE LA RÉFECTION DU CORPS

et humbles dispositions d'esprit et avec beaucoup de circonspection. Saint Hildegarde allait plus loin encore et voici ses paroles : « Que celui qui doit lire pendant le repas serve ses frères à la lecture comme il servirait Dieu même à l'autel. » (S. Hild. inExposit. Reg.) L'intérieur bien préparé, il faut observer que, pour l'extérieur, la prononciation réunisse, comme on l'a dit de la messe, les quatre qualités exprimées par quatre mots latins ayant pour lettres initiales les quatre premières de Falphabet.il faut lire : alte, bene, clare, distincte; lire 1° assez haut pour être entendu de tout le réfectoire; 2° bien lire, en gardant les accents et la quantité des syllabes et en ne lisant point une chose pour l'autre; 3° lire clairement en donnant à chaque mot, à chaque syllabe et à chaque lettre son propre son et prononçant tout avec netteté ; 4° lire distinctement, en observant les points, les périodes et faisant les poses convenables, de manière à rendre la lecture aussi intelligible et aussi profitable qu'il se pourra.

Souvenez -vous, comme le recommandait le bienheureux Pierre Damien, « que ce n'est pas pour vous que vous lisez ; mais pour la communauté ; et que vous ne devez pas penser : que dira-t-on du lecteur ou de la lectrice; mais que pourra-t-on entendre et retenir de la lecture? » (Op. 3 de Perf. mon. c. 18.) Vous ne perdrez rien, du reste, à vous donner tout entier au bien de la communauté; le pieux Thomas à Kempis vous l'affirme en ce passage : « Celui qui pendant la réfection fait la lecture bien et distinctement,

réjouit ceux qui mangent à la table de Jésus d'un breuvage céleste et réconforte les âmes altérées. Celui qui lit mal diminue la saveur de l'aliment spirituel et celui qui bronche et hésite en lisant tache et salit la nappe de Jésus. » (In Hort. ros. c. 17.)

Gardez-vous toutefois de la vanité et, en édifiant les autres, ne vous nuisez pas à vous-même. Ce vice est très-subtil et se glisse souvent dans l'esprit du lecteur, surtout s'il a une certaine grâce de prononciation, comme dit Pierre Damien, et que sa langue bien affilée parcoure aussi facilement les pages écrites qu'un cavalier bien monté parcourrait de longues et vastes plaines... C'est pour cela, ajoute le saint, qu'on a coutume de dire au lecteur dans l'oraison. Qu'il plaise à Dieu de détourner de vous l'esprit de vanité, afin d'opposer dès le commencement l'humilité à la vaine gloire qui est aux aguets pour vous surprendre. » (Op. 11, c. 18.)

L'office des correcteurs chargés de reprendre le lecteur a été en partie établi dans ce but et celui-ci doit toujours humblement se conformer aux observations qui lui sont faites. On rapporte que saint Bernard ayant été repris un jour par un ignorant qui lui ordonnait de prononcer le mot lapidemcn faisant longue la syllabe du milieu qui est brève, saint Bernard obéit. Il importe peu, en effet, dit à ce propos l'angélique saint Thomas, il importe peu de faire une syllabe longue ou brève; mais il importe beaucoup d'être humble et obéissant.

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