‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 143 sur 233 · CHAPITRE IX. — DE LA RÉFECTION DU CORPS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — DE LA RÉFECTION DU CORPS

ARTICLE II

Du silence qu'on doit garder à table et de l'attention à la lecture.

Si c'est pour vous que se fait la lecture dont vous avez de précieux avantages à retirer, prêtez-y une silencieuse attention. Nous vous dirons plus tard ce que vaut le silence; vous perdriez d'autant plus à n'en pas observer la loi que votre langue une fois aiguisée par le boire et le manger se donne plus volontiers carrière. Le mauvais riche, observe saint Grégoire, n'était si fort tourmenté de la langue en enfer que pour les excès de langage qu'il avait mêlés à ses intempérances de bouche. (Hom. 40, in Evang. Hug. Yict. 1. de Inslit. novit. c. 19.)

Saint Basile demande avec quelle attention se doivent écouter les lectures publiques, et il répond qu'on y doit prendre plus de plaisir qu'au boire et au manger, comme le psalmiste qui trouvait les paroles du Seigneur plus douces que les gâteaux de miel. (Ps. 18.) N'y appliquez cependant pas autant votre esprit qu'à la lecture privée dont nous avons parlé, puisque ce n'est pas ici le lieu de méditer et d'étudier avec effort. Le conseil de saint Ambroise est de tirer des lectures du réfectoire, comme de toute lecture spirituelle, quelque bon sentiment qui puisse nous servir à nous et aux autres. (S. Ambr. Serm. 25.)

Souvenons -nous de l'empressement que met le

démon à gagner du terrain sur nous pendant que dure cette condescendance à l'infirmité de notre corps. Soyons si attentifs à la lecture et si peu à notre satisfaction que, ne pouvant nous surprendre, il se retire confus et honteux. C'est ce qu'il fit du temps de saint Hugues, abbé de Cluny, au rapport de Pierre le vénérable, son successeur. Saint Hugues raconta un jour en chapitre à ses religieux la vision suivante. Le démon rôdait par tous les coins du monastère pour y trouver quelque chose lui appartenant; mais, Dieu merci, il avait été repoussé et chassé de partout. Enfin il vint au réfectoire, espérant y trouver plus de nonchalance dans les esprits, à cause du soin naturel qu'on y prend de la vie du corps. Mais là encore il rencontra de tels obstacles dans la lecture des livres divins, dans la dévote attention des auditeurs et dans la charité mutuelle des frères qui se servaient les uns les autres qu'il dut se retirer avec rage et douleur.

ARTICLE III

Des entretiens dont peuvent se servir les personnes qui n'ont pas de lecture pendant leur repas.

J'ai surtout en vue dans cet article les âmes dévotes qui se trouvent dans le monde privées de la consolation d'une lecture spirituelle pendant leur repas. Nul chrétien ne doit oublier ce que dit saint Bernard, que nous ne devons manger que de la moitié de nousmêmes, à savoir du corps; mais que l'âme ait sa table

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