CHAPITRE IX. — DE LA RÉFECTION DU CORPS
à part et se repaisse de la mémoire des suavités de notre Dieu en ruminant et digérant cette nourriture ou par méditation ou au moins par souvenir. Que seraient, en effet, sans cela nos repas? Une opération brutale consistant à dévorer ce qu'on nous offre en pâture. (S. Bern. de SU. sol.)
Voulez-vous, à défaut de lecture, des considérations qui préparent en quelque sorte le repas de votre âme, prenez pour chacun des sept jours de la semaine un sujet particulier de réflexions salutaires ; ou tirez des choses mêmes que vous mangez et de leurs propriétés certaines élévations d'esprit; ou occupez-vous de saintes pensées, générales et applicables à toute sorte de jours et d'aliments.
1° Vous pourrez vous servir chaque jour soit de 'évangile du jour ou de ce que vous aurez lu ce jourlà même sur quelque sujet; vous pourrez aussi vous rappeler successivement les sept principaux festins de l'évangile et y trouver matière d'édification.
Voici un second mode d'alimentation spirituelle. Il est de saint Basile qui l'expose en ces termes : « A la table, dit-il, que votre esprit ne demeure pas oisif ni étranger à la considération des choses divines, puisque nous trouvons sujet de louer Dieu dans la nature même des mets que nous mangeons et dans la structure de nos corps qui en sont nourris. L'Ecriture Sainte renferme quantité de passages dont nous pouvons nous faire des oraisons jaculatoires applicables ici : « Seigneur, que mon âme soit engraissée et réjouie en votre amour. — Donnez-nous aujourd'hui no-
tre pain quotidien et supersubstantiel. — Si nous vous demandons un poisson, vous ne nous donnerez pas un serpent. — Comme le cerf est altéré des fontaines, ainsi mon âme, Seigneur, est désireuse de vous, » etc. (Ps. 62. Luc. 11. Ps. 41.)
J'ajoute ici la dévotion du Père Louis de Blois qui est de tremper en esprit chaque morceau que vous prenez dans le précieux sang de Jésus et de puiser à boire dans ces vermeilles et douces plaies.
Vous pouvez aussi, dit-il, quand vous mangez, ruminer ces paroles : « Que la vertu de votre divin amour, 6 bien- aimé Jésus, m'incorpore et m' unisse intimement à vous. » Et quand vous buvez : « 0 trèsamouieux Jésus , que la douceur de votre divine charité s'infiltre en moi et pénètre toute ma substance pour votre louange éternelle. » (Bios, in Spec. spir. c. 4.)
La troisième espèce d'entretien est composée de plusieurs pensées générales où peuvent entrer toutes réflexions qui portent au bien, mais, en particulier, les suivantes.
Le bienheureux abbé Isaïe conseille de nous rappeler, en mangeant, le souvenir de nos péchés, pour mettre un frein aux mouvements de la sensualité .
Le bon Père Isidore excitait en lui-même une confusion et une componction qui allait jusqu'aux larmes. Je sais, dit de lui Palladius, que souvent il pleurait à table et comme on lui en demandait la cause, je lui ai entendu faire cette réponse : « Je rougis et regrette