‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 146 sur 233 · CHAPITRE IX. — DE LA RÉFECTION DU CORPS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — DE LA RÉFECTION DU CORPS

supérieurs et les prélats devaient servir les autres. (S. Bas. in Reg. fusior. 31.) Ce grand saint ordonnait au dernier membre de la maison de se laisser servir par son prélat, parce que, disait-il, l'humilité oblige le supérieur à servir l'inférieur et que celui-ci, en se laissant servir, ne fait rien ni contre la raison ni contre le devoir. Notre-Seigneur servit lui-même ses disciples qui n'osèrent point s'y opposer.

Saint Etienne, abbé d'Obazine et saint Gastier, autre abbé, exercèrent de grand cœur les plus vils offices de la cuisine. Le glorieux pontife saint Malachie est loué par saint Bernard de ce qu'étant au monastère, quoique évêque, il ne laissait point passer son tour de semainier de cuisine et de servant au réfectoire. (S. Bern. in vit. S. Malach.) Saint Adalbert, second évêque de Prague, fit de même après son entrée en religion, en nettoyant la cuisine, lavant la vaisselle, tirant l'eau du puits, la portant sur les épaules et s'estimant heureux d'en avoir obtenu de son abbé la grâce qu'il avait longtemps sollicitée. (Surius in vit. S. Adalb. 23. Apr.) Saint Antonin, quoique supérieur de provinces entières, ne dédaignait pas de s'occuper aux plus basses fonctions et servait les serviteurs mêmes. La dignité d'évèques dont il fut revêtu ensuite ne lui parut pas une raison de discontinuer ce rare exemple d'humilité.

Sainte Bathilde, reine de France, qui se fit religieuse au monastère de Chelles, fondé par elle-même, servait les sœurs dans les offices de la cuisine, comme le prescrivait la règle, et mettait humblement la main à tout.

Saint Benoît ajoute que par le zèle qu'on met à ce genre d'exercices, on obtient d'autant plus de récompense et de charité ; récompense de la part de Dieu, charité, amitié et reconnaissance de la part des hommes. Saint Basile dit la même chose et c'est le motif par lequel il exhorte ses enfants à embrasser avec joie les plus bas offices. Mais, au fond, que peutil y avoir de bas et de petit dans la maison de Dieu ? Tout ce qui se fait pour son amour est grand et spirituel ; et nous méritons en toute chose où préside une pensée de foi le ciel magnifique, la gloire incomparable et la possession de Dieu même. Il faut, pour cela, ne pas se contenter de remplir matériellement une besogne matérielle ; mais se pénétrer devant Dieu du même esprit qui a dicté aux saints les prescriptions de leurs règles. Il faut aller à ce genre de fonctions par la porte de l'oraison et non sans une grande pureté et droiture d'intention.

Elevez souvent votre cœur vers Dieu parmi les emplois extérieurs. C'était une des pratiques spirituelles des anciens Pères qui est venue jusqu'à nous, que d'avoir toujours quelque sainte pensée clans l'esprit ou quelque prière sur les lèvres au milieu des occupations du dehors. « Qu'en mouillant ou pétrissant la farine, disait saint Pacôme, les frères méditent quelque chose des psaumes ou des Saintes Ecritures. »

Le feu de la cuisine, par exemple, peut être à qui le veut l'occasion d'une foule de pieuses pensées et d'utiles comparaisons.

Servant à table, faites-le avec mépris de vous-même

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