CHAPITRE IX. — DE LA RÉFECTION DU CORPS
et avec attention à tous les besoins de vos frères. Songez que vous servez Jésus-Christ qui disait que tout ce qu'on fait au moindre des siens, il le regarde comme fait à lui-même ; ou proposez-vous d'imiter ce bon Sauveur disant de lui-même : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi ; mais pour servir. » (Matth. 20.)
Gardez-vous de la tentation de vos sens et, estimant suffisant et même trop recherché pour vous ce qui vous reste de la nourriture commune, imitez l'humble et sainte Hedwige, duchesse de Pologne, laquelle s'appliquait cette parole de la Chananéenne que les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.
Couronnez les jours de votre service en demandant pardon à Dieu et, au besoin, à vos frères, de toutes vos négligences et de vos nombreux manquements ; offrez le tout au Seigneur comme un sacrifice à sa gloire, suivant l'expression de Cassien. (Cass. 1. 4, c. 22.)
Mais je vous recommande surtout comme infiniment propre à vous animer à la pratique de tous les conseils qui précèdent et cà l'entier accomplissement des moindres emplois de votre communauté, l'adorable exemple de Jésus lavant les pieds à ses disciples. Faites, à son imitation, cet office ou tout autre qui répugnerait à votre orgueilleuse nature.
Ayez, dis-je, constamment en vue le Sauveur, qui ceint d'un linge, les bras retroussés, à genoux devant ses apôtres, leur lave les pieds et baise ensuite jusqu'à
ceux de Judas le traître. «0 honte, ô confusion de notre orgueil ! s'écrie saint Laurent Justinien, voir le Fils de Dieu verser de l'eau et la reverser, en laver la poussière des pieds de ses disciples, les essuyer avec un linge et porter sur chacun ses lèvres sacrées, leur appliquant les baisers de la plus douce charité. » (S. Laur. Just.)
Qui n'a lu et admiré la sainte coutume qu'avait le roi saint Louis, de laver tous les samedis, les pieds de pauvres mendiants qu'il faisait, après cela, asseoir à sa table où illes servait de ses royales mains ?