DES RÉCRÉATION S
La réfection et la récréation qui la suit sont deux occupations déshonorantes pour une âme immortelle et divine. La réfection est honteuse, puisqu'elle nous avilit à la pâture des bêtes. Comme Nabuchodonosor fut condamné à brouter l'herbe sous les pieds des hommes, lui qui était né, en sa qualité de roi, pour marcher sur leurs têtes, nous aussi nous devons manger avec les animaux, quoique nés pour manger à la table des anges, étant leurs frères et les enfants de Dieu, non-seulement par la sainte communion sur la terre, mais encore par la jouissance des délices de Dieu même dans le ciel. Les âmes pures sont les sœurs des anges, dit saint Thomas ; or, les auges auraient honte de se nourrir d'autre chose que de Dieu même, témoin l'archange Raphaël qui, ayant voyagé et fait toutes les actions humaines au service du jeune Tobie, ne sembla s'excuser, à la fin, que d'avoir bu et mangé avec les hommes, comme de l'action qui serait la plus déshonorante de toutes pour un ange \
' Je vous paraissais manger et boire avec vous ; mais j'usais dun autre aliment invisible et d'un autre breuvage que les hommes ne peuvent pas voir. (Tob. 14).
La récréation est une autre honte pour une âme raisonnable, chrétienne et religieuse; car c'est une condescendance à notre nature corrompue, une souffrance de notre faiblesse, une sorte d'interruption au moins apparente de tout commerce avec Dieu , une cessation momentanée d'emplois sérieux et de toutes bonnes œuvres. Néanmoins, quand je vois un saint Jean l'évangéliste avec une perdrix entre les mains , un saint François avec des agneaux, un saint Onufre avec des oiseaux; quand je vois saint Louis faisant trêve d'affaires après le repas et saint Charles prenant part au jeu pour gagner des âmes, j'en conclus que les récréations ne nous abaissent pas si honteusement qu'elles ne nous puissent servir pour monter à la gloire des saints. Ce n'est pas une souffrance de nature qui ne puisse être effet de grâce, et ce n'est pas non plus une cessation de mérite, puisqu'elle est une œuvre que nous pouvons rendre bonne. Je n'aurai donc point d'embarras à mettre la récréation parmi les exercices spirituels de la journée religieuse. Mais afin qu'elle soit telle, il faut observer trois choses : 1° n'obéir qu'à la nécessité; 2° pratiquer une joie sainte et 3° s'imposer la modération par de bons discours et par la pensée de Dieu.