‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 149 sur 233 · CHAPITRE X. — DES RÉCRÉATIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — DES RÉCRÉATIONS

ARTICLE I

Que nous devons prendre la récréation par nécessité de relâche seulement.

C'est un abus qui n'est que trop fréquent de faire de presque toute la journée une récréationperpétuelle. Les philosophes mêmes estimaient la vie toujours récréative indigne d'un homme sage et sérieux ; combien plus le serait-elle d'une âme dédiée au service de Dieu, à qui rien ne se doit dérober de toutes les heures du jour ! La récréation continue n'est plus relâche, mais lâcheté.

Faisons ici une remarque essentielle qui prouve que la récréation doit moins s'entendre dans le sens d'une réjouissance que dans le sens d'une espèce de diversion apportée momentanément aux occupations habituelles. Ceux qui travaillent d'esprit se récréent souvent par quelque travail extérieur, comme de bêcher un jardin, de soigner des plantes ; et ceux qui travaillent de corps trouvent souvent dans une besogne plus intellectuelle une sorte de soulagement et de repos.

En tout cas, et c'est la maxime qui doit ici nous paraître capitale, la récréation, comme la réfection, ne doit, se prendre qu'en raison de la nécessité et, bien entendu, dans la mesure des règles dont on a promis l'observance.

Les religieux des premiers temps ne savaient ce que

c'était que les récréations ; saint Benoit même n'en a pas dit un mot et n'y consacré aucun moment de la journée, ayant prescrit comme l'ont fait d'autres maîtres de la vie spirituelle, le silence, la retraite ou la lecture commune, immédiatement après le repas.

Néanmoins, il ne serait ni facile ni prudent d'obliger à cela toute une communauté, et bien des Pères, même parmi les anciens, ont admis un temps de récréation plus ou moins long et plus ou moins vide d'occupations.

Aujourd'hui, dans presque tous les ordres, on permet communément et la promenade et l'entretien public soit dans le jardin, soit dans quelque autre lieu non destiné au silence. Il y a, en effet, à cela une triple nécessité.

La première est de débander ou détendre l'esprit. Il est certain, comme dit Eustratius, (In 4. Eth. c. 8.) qu'après une occupation sérieuse et assidue de quelques heures, l'âme a besoin d'un peu de repos et de récréation; comme un arc toujours tendu perdrait sa force et deviendrait inutile, l'esprit s'émousserait et se fatiguerait dans une contention trop soutenue. « Il est bon, dit un jour la sainte Vierge à sainte Brigitte, que les amis de Dieu se consolent quelquefois d'une consolation temporelle, comme en s' entretenant de quelque chose d'édifiant ou en prenant part à quelque jeu honnête, ou en faisant d'autres choses dans lesquelles il n'y ait rien d'offensant ni de méséant. » (S. Brigit. Revel. c. 12).

La deuxième nécessité est celle du corps et de la

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