‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 150 sur 233 · CHAPITRE X. — DES RÉCRÉATIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — DES RÉCRÉATIONS

santé qui s'accommoderaient mal, après le repas, même modéré comme il doit toujours l'être, d'un travail d'esprit et d'application.

La troisième nécessité est celle de la charité du prochain. N'est-il pas bien pour les membres d'une même famille religieuse d'échanger quelquefois leurs pensées et leurs impressions, de s'encourager par de bonnes paroles à la pratique des mêmes devoirs, de se consoler l'un l'autre de certaines épreuves, de se rendre, en un mot, quelques bons offices de miséricorde et d'assistance mutuelle ?

La sainte amitié des frères les uns envers les autres y gagnera; ils s'aimeront davantage en s'édifiant et s'entr'aidant.

ARTICLE II

Quelle doit être la joie des enfants de Dieu.

La tristesse est une passion fort nuisible tant à nousmêmes et au prochain qu'à la gloire extérieure de Dieu : nuisible à nous-mêmes, parce qu'elle engendre le dégoût des choses spirituelles, l'abattement et l'incapacité aux bonnes choses ; nuisible au prochain, parce que la personne triste décourage les autres et les porte à la tiédeur, étant elle-même sèche, colère, soupçonneuse, fantasque, malveillante, etc.; nuisible enfin à la gloire de Dieu; car de la tristesse des gens de bien le démon prend sujet de faire croire que le vice est plus gai que la vertu. « C'est en vain qu'on

sert Dieu et quel avantage avons-nous à marcher toujours tristes devant lui? » (Malach. 3.) Ainsi parlaient déjà autrefois les mondains dans un passage du prophète Malachie. L'apôtre saint Jacques les dément et c'est à eux, non aux gens de bien, qu'il dit :« Pleurez et lamentez-vous ; vos richesses ne sont que pourriture. y> (Jac. 5.)

Quant à ceux qui servent le Seigneur, l'Ecriture ne leur annonce et ne leur ordonne que joie et satisfaction : « Réjouissez-vous, tressaillez d'allégresse, personne ne vous ôtera votre joie, égayez-vous en Dieus chantez et psalmodiez. » Ce sont toutes paroles sans cesse répétées aux justes et aux amis de Dieu dans tous les livres de la Sainte Ecriture. Réjouissez-vous, toujours dans le Seigneur, disait saint Paul, aux Philippiens, et je vous le dis encore une fois : Réjouissezvous ;(Philipp. 4.) mais non pas comme les enfants du siècle dont les joies impies et coupables sont entrecoupées de maintes douleurs et se changent, devant la mort en regrets inconsolables. Réjouissez-vous toujours, vous qui servez le Seigneur et qui, lui ayant confié toutes vos espérances, ne changez pas d'humeur avec les biens passagers qui changent à tout moment, suivant le cours des choses humaines et suivant les fluctuations de la fortune ou des honneurs. L'objet de votre joie est stable, il ne dépérit pas plus que Dieu lui-même qui ne vieillit point et dont l'éternelle beauté fait la nôtre, comme sa gloire nous rend glorieux et son immortalité, immortels.

Gomment votre âme qui aime son Dieu ne se ré-

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jouirait-elle pas, de penser qu'elle a pour père un roi si puissant, si bon, si riche, si admirable, qu'elle a pour frère Jésus-Christ, le plus beau des enfants des hommes et le fils éternel de Dieu? qu'elle a pour mère la plus pure et la plus immaculée des vierges, vrailis de perfection, vraie rose d'amour? qu'elle a pour compagnes tant d'autres âmes ferventes et aimées du Seigneur et qu'après l'avoir servi et loué avec elles dans la maison bénie qui lui est consacrée, elle le louera éternellement dans la céleste Jérusalem où Dieu sera lui-même sa grande récompense ?

Réjouissez-vous des œuvres de Dieu ; elles sont toutes si belles et si bonnes, j'ajouterai même si parfaites qu'on n'y peut rien ajouter ni diminuer. « Elles sont grandes, dit l'Esprit-Saint, exquises, magnifiques et pleines de sagesse. » (Ps. 91 et 110.) Quelle ne doit pas être notre joie quand nous ne voyons en tout ce qui tombe sous nos yeux que les richesses et les possessions de Celui qui daigne se nommer et être notre Père? Nous nous délectons, Seigneur, en vos œuvres; mais ne nous arrêtant pas aux créatures sorties de vos mains et ne les aimant point pour elles, comme font les méchants, nous louons en elles votre puissance, nous y admirons votre sagesse et nous y bénissons votre saint nom. Nous regardons le ciel et nous disons : « Dieu éternel, soyez glorifié d'avoir étendu sur nos têtes cet immense pavillon qui est pour votre graudeur comme un manteau bleu semé de brillantes pierreries. » Nous regardons l'astre du jour et nous disons : « Gloire à,

vous, Seigneur, qui éclairez des mêmes rayons bienfaisants tous les peuples du monde et qui faites lever votre soleil sur toutes les têtes humaines, innocentes ou coupables. Que vous devez être beau et éclatant, ô divin soleil de justice et que votre magnificence doit réjouir les habitants du ciel ! » Nous voyons la terre et nous disons : « Honneur et louange à vous, aimable créateur, qui nous avez donné, pour y passer notre temps d'épreuve, une résidence où votre main libérale a répandu à profusion de merveilleux trésors et des bienfaits sans nombre ! Si la terre est si belle, que doivent être les cieux ! »

Enfin, nous contemplons la mer, les rivières, l'admirable variété des plantes, des fleurs, des fruits, des animaux, des bois, des métaux, des montagnes, des vallées, et nous disons avec joie et émotion : « Que toutes les créatures vous louent, Seigneur, d'avoir daigné nous donner tant de si belles et si bonnes choses en ce lieu d'exil et de captivité. O Dieu adorable, ô Père tendre, ô souverain bien et unique espoir de nos âmes ! »

Allez donc librement à la récréation et portez-y la gaieté des enfants et des amis de Dieu. Nous sommes bien éloignés sans doute de ce grand désordre du peuple israélite dont l'Ecriture dit qu'en l'absence de Moïse, « il se mit à boire et à manger et se leva ensuite pour jouer, se divertir et enfin retomber dans l'idolâtrie. »(Exod. 32.)Nous n'excédons pas les lois de la tempérance dans notre réfection et nous ne sortons pas de table tout prêts à perdre en un instant le fruit

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