CHAPITRE X. — DES RÉCRÉATIONS
de nos méditations et notre esprit de retraite. Que si cependant il y en avait parmi nous d'assez volages et d'assez amis du plaisir extérieur pour vouloir entraîner leurs frères à s'y livrer sans retenue, notre Moïse n'est pas loin, je veux dire le supérieur ou quelque ancien qui doit le remplacer au besoin.
Je ne manquerai de vous faire ici une recommandation de saint Basile : « Il est bien, dit ce grand patriarche des religions d'Occident, que les frères aient une charité réciproque ; mais non que deux ou trois lient une amitié ou entretiennent une conversation séparée d'avec les autres. Gela ne serait pas charité, mais plutôt division et indice de désordre ; ce serait une amitié vicieuse, un accord contraire à l'harmonie générale ; ce serait une nouveauté formellement opposée à l'ancienne et constante façon de vivre des personnes vouées au service de Dieu. » (S. Basil. Const. Monach. c. 30.)
Ne vous isolez donc pas des autres, pour vous restreindre à quelques-uns, ne fuyez point la conversation des anciens et ne dédaignez pas celle des moindres de la maison. Tenez-vous avec ceux qui vous seront assignés ou que vous rencontrerez les premiers, sans chercher avec qui parler plus à votre gré et selon votre humeur. Prenez avec tous une honnête liberté, une sainte et charitable familiarité ; agréez aussi que les autres la prennent avec vous. Vous n'êtes pas en cercle intime ou en conférence particulière; mais vous n'êtes pasnon plus au lieu delà contrainteetdu silence.
ARTICLE III
Des discours de la récréation.
Comme rien n'est plus difficile que de ne point pécher par la langue et que, d'après saint Grégoire, « le manger provoque le babil {Mor. 10 5.) et ôte son frein à la langue, » sachez de quels propos vous avez à vous défendre et dans quels bons discours il convient de vous entretenir à la récréation. Nous exposerons, au chapitre de la conversation eu général, à quels vices et à quelles vertus l'usage de la parole peut donner lieu. Contentons-nous ici de quelques avis ayant un rapport spécial avec le sujet qui nous occupe.
Gardons -nous, malgré l'espèce de trêve apportée à nos exercices spirituels par le temps de la récréation, des propos qui ne conviennent pas à notre profession ni à la présence de Dieu qu'il ne faut point oublier.
En premier lieu, ne dites jamais de mal des personnes ni des choses ; abstenons-vous de railleries piquantes et ne lancez pas de traits offensants. Faites une résolution particulière de ne pas murmurer comme les Israélites dont l'exemple prouve que, si les repas des gourmands sont souvent suivis de mumures, les murmures sont suivis de châtiments. (Ps. 58. Reg. c. 40. Exod 16. Num. 11.)
Murmurer et se plaindre ou de la quantité ou de la qualité ou de l'apprêt des aliments, s'en prendre à celui-ci ou à celui-là et n'épargner pas même le