‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 157 sur 233 · CHAPITRE XI. — DU TRAVAIL DES MAINS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — DU TRAVAIL DES MAINS

Paul a eu raison de taxer les femmes oiseuses de babil et de curiosité tout ensemble, non solum otiosse sed el vcrbosx et curiosœ, quand il écrivait à son disciple Timothée d'appeler l'oisiveté du nom que lui donne saint Bernard, « la mère du babil. »

Saint Bernard ajoute qu'elle est la sentine des tentations et des pensées mauvaises et la marâtre de toutes les vertus, c'est-à-dire qu'elle étouffe tout le bien et enfante tout le mal. L'âme oisive est comme une ville qui a deux portes par l'une desquelles s'en iraient tous ses défenseurs, quand tous ses ennemis entreraient par l'autre. Les anciens Pères avaient pour maxime, comme dit Cassien, que la personne religieuse qui travaille n'est tentée que d'un diable; mais que celle qui ne fait rien en a une infinité à repousser. (Gass. 1. 10 c. 23.) Quel vice, quelle tentation, quelle pensée criminelle ne trouve entrée dans l'âme d'un fainéant ? L'impureté l'attaque, la gourmandise l'assiège, l'intérêt la ronge, la colère et la vengeance l'agitent; enfin tous les vices fondent sur elle. De là vient que certains philosophes tenaient pour maxime qu'entre un homme qui ne fait rien et un homme qui fait mal , la différence est presque nulle. Cratès ayant rencontré un jeune homme qui se promenait à l'écart lui demanda : « Que faites-vous là tout seul, mon ami? — Je me parle à moi-même, repondit le promeneur désœuvré. — Prenez garde, ajouta le philosophe, que vous ne parliez à un méchant homme. » En résumé, oisiveté et méchanceté se touchent d'aussi près que la mère et la fille, ou

plutôt l'une et l'autre s'unissent, s'entr' aident et s'identifient pour le mal avec l'esprit du mal même. Donc le travail qui triomphe de l'oisiveté prévient la méchanceté, repousse les assauts de la tentation et écarte une foule de péchés.

Le travail ne délivre pas seulement l'âme de péchés, quant à la coulpe; il la soulage, quant à la peine qui reste aux fautes passées ; comme, en effet, le travail afflige et fatigue le corps, il est par cela même méritoire et expiatoire.

Mais venons au second point des avantages du travail. Autant il nous garantit du mal, autant il nous avance dans le bien et nous aide à l'acquisition des vertus.

N'est-il pas vrai qu'une personne qui travaille pour Dieu fait des actes de plusieurs vertus, comme des actes de charité envers Dieu et envers le prochain , de mortification contre elle-même, de patience, d'obéissance, et surtout des actes d'humilité, vertu fondamentale qui seule est capable d'introduire toutes les autres dans une âme chrétienne? Ecoutez le discours de saint Dorothée là-dessus. Il prend pour point de départ la réponse d'un vieillard qui, interrogé sur ce que c'était que l'humilité, lui dit :« Que l'humilité est une œuvre bien grande et toute divine » et ajouta : <c Que le chemin pour y parvenir était les travaux et les peines corporelles embrassés de plein gré et sans contrainte. » Saint Dorothée se demande la raison pour laquelle ce bon vieillard disait que les travaux du corps conduisaient à l'humilité, l'opération

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