CHAPITRE XI. — DU TRAVAIL DES MAINS. 31 i
physique du travail ne paraissant pas de nature à procurer à l'esprit les habitudes et les affections vertueuses. Voici sa réponse. Notre âme, par le péché de nos premiers parents, est devenue comme charnelle et matérielle, suivant cette sentence de Dieu même : « Mon esprit ne demeurera plus en ces hommes-là, parce qu'ils se sont faits chair. »C'est pourquoi, continue le même saint, notre âme se conforme et s'assimile en quelque façon aux choses qui se traitent et se font par le corps et dans le corps. Autre est la disposition d'esprit de celui qui siège sur un trône et de celui qui est assis à terre. Autre la disposition d'esprit d'une personne bien ajustée et parée de beaux habits et d'une personne couverte de haillons et de vêtements déchirés. Le travail humilie et abaisse le corps, et l'âme en est pareillement humiliée et abaissée. Cet ancien père avait donc raison de dire que le travail corporel fait progresser l'esprit intérieur à la sainte vertu d'humilité. (Doroth. Serrn. 2.)
Les ancien^inoines d'Egypte en étaient si persuadés qu'ils mesuraient l'avancement spirituel des jeunes religieux sur leur assiduité au travail. Ils leur enjoignaient, dit Gassien, de travailler pour leur faire oublier l'orgueil et les délices de leur vie passée et pour leur faire acquérir par l'affliction du corps l'humilité du cœur. » (Gass. 1. 10, 10. — 1. 2, c. 3.)
Mais si vous êtes de ces esprits qui mettent ce qui est utile au corps et agréable à l'esprit au dessus de l'honnêteté et de l'utilité morale, vous trouverez en-
eore dans le travail ce que vous désirez. L'exercice du corps est utile et j'ajouterai presque agréable au corps même, en ce sens qu'il lui procure la santé, la liberté de ses mouvements et le jeu régulier de ses fonctions.
Nous renverrons à d'autres livres que celui-ci pour le développement des considérations de médecine et d'hygiène qui recommandent le travail physique. Saint Jean Ghrysostôme montrait à ce propos que toutes choses, même celles qui n'ont pas vie et mouvement, se corrompent faute d'être employées. « Quel bateau, disait-il, vous semble meilleur et plus sûr de celui qui vogue sur les Ilots ou de celui qui reste au port? quelle eau est plus saine de celle qui coule ou de celle qui croupit? quel fer est plus propre de celui qu'on manie ou de celui dont on ne sert pas? vous voyez celui-là clair comme de l'argent et celui-ci consumé de rouille. La même chose arrive à une âme oisive; une certaine rouille s'y attache et luiôte sa splendeur et tout ce qu'elle a de bon. » Ce que dit saint Chrysostôme de l'âme s'applique aussi bien au corps. Le même saint dit dans un autre endroit : « Que le corps qui est immobile, sédentaire et oisif est sujet à des maladies et à mille incommodités, tandis que celui qui s'exerce au travail et au mouvement est bien plus sain, plus beau et plus robuste. » (Chrys. Hom. 35, in acta et Hom. 54.)
Mais les consolations de l'esprit et les douceurs de la grâce dépassent de beaucoup celles de la nature et la divine miséricorde les verse à profusion sur quiconque travaille et se fatigue pour son amour et sa