CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION
y a tant de gens indiscrets et intéressés qui les importunent que le secours divin leur devient grandement nécessaire contre certains dangers.
« Le serviteur de Dieu, dit à ce propos saint Pierre Damien, (B. Petr. Dam. Apol. c. 20.) se laisse souvent tromper quand on l'invite, sous de beaux prétextes, à vouloir bien terminer quelque procès, à entreprendre quelque affaire qui paraît devoir même profiter à l'Eglise. Ces solliciteurs exagèrent le péril aux yeux du religieux et le persuadent que, s'il ne s'empresse, l'intérêt du public ou d'une communauté ou de toute une famille est compromis. On lui promet, s'il consent à s'y employer, que tout sera fait suivant savolontéet réussira à merveille. » Sur de telles assurances et, soit par une mauvaise honte, soit par simplicité et ignorance de la nature des choses humaines, soit par motif de charité ou peut-être par quelque arrière-pensée d'intérêt, le serviteur de Dieu se laisse entraîner à des soins extérieurs où passeut quelquefois, avec son temps perdu, sa réputation, sa dévotion, son affection aux choses spirituelles et l'observance de ses règles. Il est mécontent d'avoir échoué, comme il arrive d'ordinaire; les supérieurs sont mécontents de lui et plus encore les personnes qu'il aura voulu obliger et dont peut-être il se sera fait des ennemis.
Je sais bien qu'il y a aussi des âmes vraiment droites qui viendront à vous pour tirer un véritable profit de vos conseils, et qu'il en est parmi elles de si ferventes, de si saintes et de si remplies de l'esprit de Dieu que vous ne pourrez que profiter vous-même à
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leur conversation. Mais, parce que la plupart ne sont pas de cette trempe et que le commun des hommes respire les maximes, les sentiments et les vices du monde, même en les supposant gens de bien et hommes d'honneur, vous vous trouverez, après la conversation des séculiers, avoir perdu beaucoup au delà de ce que vous aurez gagné; c'est un échange où votre mise excédera toujours votre gain. Votre esprit n'aura plus la même horreur de certains vices ni le même zèle pour certaines vertus; mais quels remèdes à cela? En voici quelques-uns.
Le premier est de bien imprimer cette vérité dans votre cœur que la conversation fréquente vous est très préjudiciable, comme nous venons de le dire. « Elle insinue peu à peu dans nos âmes les affections dépravées, dit saint Basile, et notre esprit s'y remplissant des pensées du monde se relâche de la fermeté avec laquelle il poursuivait la perfection spirituelle. » La conversation fréquente avec les gens du dehors vous met en danger, suivant l'expression familière à plusieurs Pères, de regretter la terre d'Egypte, qui est la terre du monde, et en danger d'y retourner, sinon de corps, au moins de cœur. (S. Basil. Constit. mon. c. 21 etRcg. disp. resp. 32.
Pour bien converser, il ne faut surtout pas n'être qu'un apprenti dans la vertu, mais y avoir acquis assez d'expérience pour donner de la dévotion aux autres, sans s'attiédir soi-même, et pour les rendre meilleurs, sans en devenir soi-même plus mauvais ; il faut être tel enfin qu'on puisse s'appliquer ces pa-