‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 167 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION. .T · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION. .T

gieuse, parce que, comme disait un philosophe platonicien, l'esprit humain est ainsi fait qu'il estime peu ce qu'il connaît beaucoup et réserve son admiration à ce qui lui est caché. (Maxim. Tyr. Serm. 29.)

De combien peu de considération jouissent, au contraire, les serviteurs et servantes de Dieu qui conversent trop assidûment et trop familièrement avec le monde! La raison en est bien simple. En les voyant de plus près, on remarque encore des défauts inhérents à la faiblesse humaine. L'homme du monde curieux, subtil et assez malveillant d'ordinaire envers les personnes vouées à Dieu, n'aurait garde d'ignorer longtemps des imperfections que leur fréquentation révèle. Nous l'avons dit à propos des repas où les religieux assistent dans le monde et nous le répétons ici. Vous aurez beau vous observer, vous n'échapperezpasàla censure de ceux avec qui vous traitez souvent. Vos plus légers mouvements de vivacité, vos plus simples questions relativement à certaines choses, vos réflexions les plus inoffensives, votre geste, votre regard, votre allure, un mot, une distraction, que sais-je? tout en vous, qui faites profession de tendre à la perfection , sera noté, grossi, relevé et blâmé Ainsi fait le monde pour discréditer ceux dont la vie lui semble un reproche et comme un défi. Qui aurait cru, par exemple, qu'un homme venu du troisième ciel, comme saint Paul, serait méprisé sur la terre? Et cependant les Corinthiens qui admiraient ses épîtres si graves et si fortes, trouvaient, comme il dit lui-même, « sa présence corporelle chétive et son discours méprisable. » Bien plus, le Sauveur

du monde qui avait été si ardemment souhaité du roi Hérode et que celui-ci reçut avec tant de joie, devint tout-à-coup l'objet de son mépris et de ses dérisions. N'espérez pas être traité plus favorablement.

Le second et le meilleur moyen pour un homme religieux de ne pas pécher dans ses rapports extérieurs, c'est l'exacte observance de sa règle qui l'oblige à n'entretenir personne sans y être autorisé. Ce n'est pas assez ; qu'il n'use de cette permission que pour de justes et sérieux motifs et que selon l'ordre et l'intention des supérieurs ; l'obéissance protège contre le péril et amortit les tentations de l'esprit du mal.

Si l'occasion ne vous laisse pas le temps de recourir à qui de droit, coupez au plus court à la conversation imprévue et ne craignez même pas d'en expliquer la raison.

Si votre supérieur vous laisse à votre propre discrétion, examinez-vous sévèrement vous-même et soyez votre propre juge. Refusez les entretiens du dehors, lorsque votre conscience vous dit qu'il en résulte un obstacle à votre avancement. Voyez si lorsqu'on ne vous appelle point au parloir ou que certaines personnes ne viennent point vous voir, vous ne sentez pas un trop grand désir de leur présence et de leur conversation. Voyez si leurs affaires et leurs intérêts ne vous touchent pas autant que les vôtres et si vous n'y êtes pas trop sensible. Voyez si l'observance vous devient moins à cœur, et l'obéissance moins chère ; si les occupations moins honorables perdent dans votre estime et si vous vous croyez

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