‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 17 sur 233 · CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — INSTRUCTION GÉNÉRALE, ETC

dresser le brevet de votre nomination, je le signerai et le ferai sceller aussitôt, car dans une heure quelqu'un à qui je ne saurais le refuser viendra me demander cet emploi. Quel soin, quelle promptitude ce gentilhomme n'apporterait- il pas à cette affaire! Comme il congédierait tout le inonde et écarterait toute autre occupation pour cette heure-là! Et si on le venait convier à prendre sa part de quelque divertissement, à disputer une préférence, à assister aux fêtes d'un mariage, comme il renverrait bien loin toute invitation de ce genre et comme il s'abstiendrait de tout, sinon de l'affaire importante dont l'accomplissement est si prochain ! Et nous donc à qui Dieu promet un bonheur éternel pourvu que nous fassions tel et tel bien dans le moment, dans l'heure, dans la journée de cette vie, comment négligeons -nous de poursuivre l'effet d'une donation si avantageuse, et comment perdons-nous de vue cette seule chose nécessaire qui devrait nous être bien plus à cœur que toutes les monarchies de la terre, que tous les trésors imaginables? Comment n'exécutons -nous pas toutes les volontés de notre Roi ? Comment pouvons -nous songer à autre chose qu'à nous assurer la grâce qui nous est faite? A quoi occuperons-nous un temps si précieux ? A jouer, à nous amuser, à disputer aux autres les biens, les honneurs et les distinctions de ce inonde? Non, mille fois non. Que chacun rentre en soi-même et se dise : Je dois renvoyer bien loin toute autre chose pour le temps assigné à mon affaire essentielle et me fâcher même contre ceux qui vou-

liraient me distrairede ma seule occupation nécessaire. Je dois m' appliquer uniquement à cela et rapporter tout à ce point qui n'est pas pour moi de moindre conséquence que d'un bonheur ou d'un malheur éternel.

Et pourtant, chose étonnante! plusieurs appliquent à de tous autres objets la presque totalité de leur existence ; et même ceux-là sont estimés les plus vertueux qui en consacrent une faible part à cette chose principale, comme trois ou quatre heures sur les vingt-quatre de la journée. Le philosophe romain se plaignait autrefois de la perte que l'on faisait du temps et disait que cette négligence est honteuse et que, « si on y veut prendre garde, on trouvera qu'une grande partie de la vie s'écoule à mal faire, une très-grande à ne rien faire et la vie entière à faire autre chose qu'il ne faut. » (Senec. Ep. 1.)

C'est un païen qui parlait ainsi à des païens; qu'aurait-il dit s'il eût été chrétien et qu'aurait-il ajouté s'il eût parlé à des chrétiens ?

On objecte qu'il faut tuer le temps, qu'il faut passer la vie, comme si le temps et la vie ne passaient pas assez d'eux-mêmes et comme si le temps ne mourait pas à tout moment, le présent tuant le moment passé et étant tué par l'instant qui suit. On appelle cela passe -temps. «0 quel passe -temps! s'écrie saint Bernard. Le temps de propitiation et les jours de salut s'écoulent : les paroles s'envolent irrévocablement, le temps fuit et ne revient plus ; l'insensé ne remarque pas ce qu'il perd. Il faut causer, dit-on, et faire passer ainsi une heure de temps. Eh quoi ! faire

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