‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 173 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

nables et agréables. Je suppose néanmoins l'absence d'un danger réel d'une mort probable ; car si le malade était désespéré des médecins, il ne le faudrait pas bercer de vaines espérances ; mais, au contraire, l'avertir sérieusement que le moment est venu pour lui de se préparer au grand et périlleux voyage de l'éternité. Le bienbeureux Pierre Damien en usa de la sorte avec un religieux malade, l'abordant doucement; et gravement en ces termes : « Mon très-cher frère, vous ferez bien de vous confesser et de faire pénitence et si vous sentez quelque chose en votre conscience qui vous puisse empêcher de participer aux divins mystères, que votre vénérable Fraternité ne néglige pas d'obéir aux saints canons de l'Eglise.» (B. Petr. Dam. Ep. 129 ad E rem.)

Dans les maladies ordinaires il est bon de mêler parmi les propos édifiants quelque chose d'agréable. C'est la troisième condition que doit avoir un bon consolateur, à savoir la gaîté qui est comme une fleur qui embellit et un miel qui adoucit et perfectionne les autres vertus, « Quand vous faites quelque bien, dit saint Prosper, faites-le gaîment ; car si vous le faites avec tristesse, ce bien s'opère plutôt en vous que vous ne l'opérez vous-même.» (Prosper Sentent. 118.)

Or cette gaîté nécessaire dans la visite des malades consiste en trois choses. La première est une joie intérieure d'esprit qui aide à vaincre le dégoût et l'aversion que le malade pourrait inspirer cà vos sens. La seconde, une allégresse de visage qui récrée et console un pauvre malade consumé de tristesse. La

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troisième, une affabilité de paroles qui montre que vous ne vous rebutez point pour les demandes importunes du malade et pour ses innombrables besoins. Au contraire, vous vous montrerez facile, attrayant et vous encouragerez le malade à compter sur votre charité.

L'auteur de la vie de saint Odon lui donne aussi cette louange que sa gaîtë spirituelle versait dans les cœurs une joie intérieure. Que dirai-je de saint Bernard dont Pierre le vénérable trouvait la douce conversation préférable à tous les royaumes du monde ? Qn a dit de lui qu'il portait « le lait et le miel sur la langue, » comme l'époux du Cantique des cantiques.

Cette gaîté, fille de la charité, doit pourtant être accompagnée de discrétion et s'adapter à l'état du malade ; la disposition de celui-ci pourrait, en effet, être telle que de vouloir trop l'égayer serait, suivant l'expression du Sage, apporter « clans le deuil une musique importune. » (Eccli22.)

En tout cas, il faut que la consolation soit religieuse ou, en d'autres termes, (et c'est la quatrième chose nécessaire ici) que l'entretien soit d'édification.

Si vous visitez un malade, dit saint Ephrem, prenez garde que l'ennemi ne suggère entre vous de vains discours oiseux ou des médisances qui vous citeraient tout mérite de charité. Car le démon a coutume de nuire à l'un par l'oreille et à l'autre par la langue. Il faut plutôt consoler le malade au moyen des Saintes Ecritures et du souvenir de la Passion de Notre- Seigneur Jésus-Christ, (S. Eph. t. 2 In doctr. var. c 35.)

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