CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION
Quant à marquer en détail les choses qu'il convient, de dire à un malade, ce serait la matière d'un traité à part; l'art de consoler est très-grand, il y faut une prudence et une adresse peu communes; la vraie charité sera votre meilleur guide.
SECTION II
DES BONS DISCOURS QU'IL FAUT TENIR DANS LA CONVERSATION AVEC TOUT LE MONDE.
ARTICLE I
De la retenue qu'il faut, avoir à parler.
Après les visites, considérons l'entretien des paroles qui est la seconde et principale partie de la conversation et qui souvent est pris pour la conversation même. Aussi bien est-il vrai que les principales fautes de la conversation sont celles des paroles et c'est pourquoi les saintes âmes qui craignent les dangers que nous avons exposés dans leurs rapports avec le monde, se dispensent, autant qu'elles peuvent, de parler. Il semble que Dieu ait voulu nous signifier cela, en ce qu'il a permis que ses meilleurs amis ne fussent pas prodigues de paroles. Quel homme a été plus avant dans la familiarité du Seigneur que Moïse qui avait l'honneur de lui parler, au témoignage de Dieu même, comme un ami à son ami? Or Moïse était-il grand parleur? Point du tout. Il bégayait avec un embarras de
langue qui croissait à mesure qu'il parlait plus intimement avec Dieu. (Exod. 4.) Jérémie qui était si illuminé d'en haut avait la même difficulté à s'énoncer. «Seigneur, dit-il, je ne saurais parler. » (Jérém. 1.) Et Isaïe, pour faveur de Dieu, reçoit un cautère de feu sur la bouche pour être sanctifié et corrigé de ses défauts d'élocution.
Mais le plus juste et le plus grand des enfants des hommes, celui dont la voix était la voix de Dieu même, saint Jean-Baptiste parlait-il beaucoup ? Au contraire, il garde au désert un sauvage et long silence de trente ans, renonce à toute conversation humaine pour converser avec Dieu et n'ouvre enfin la bouche que pour dire les paroles que Dieu lui a mises sur les lèvres. C'est le sens de ce passage de l'Evangile : « La parole de Dieu a été faite sur Jean fils de Zacharie dans le désert. » (Luc. 1.) Bien plus, vous remarquerez dès la naissance du précurseur une admirable conduite de la sagesse éternelle. Il était la voix de Dieu et cette voix de Dieu est tirée du silence des hommes. Comment cela ? C'est que le père et la mère dont il naquit étaient, le premier, muet depuis la visite de l'ange lui annonçant la conception de ce Fils, et la seconde, vouée au silence et à la retraite, par une certaine pudeur de sa grossesse inattendue. Or de ces deux personnes sans voix Dieu tire la voix même qui annoncera son Verbe.
Ce qui a fait que saint Pierre Chrysologue s'écriait avec admiration : « 0 que cette parole naît d'un grand silence! 0 que la trompette qui se doit faire entendre à