‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 175 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

tous les siècles est engendrée par une profonde taciturnité! » (S. P. ChrysoL, Serm. 92.) Nous apprenons ainsi que les bonnes paroles sont filles du silence qui est leur père et de la taciturnité qui est leur mère et que les grands et divins hommes parlent fort peu, afin de ne pas pécher, sachant que, selon l'apôtre saint Jacques, « celui qui n'offense point en parole est homme parfait. »

Nous consacrerons ci-après un chapitre entier au silence ; mais traitant ici de la conversation et de l'entretien, enseignons comme il faut parler. Je dis donc que la première disposition pour bien parler, c'est de n'aimer point à parler et d'ouvrir la bouche, comme l'avare sa bourse, le plus tard et le plus étroitement que possible. Soyez avare de paroles, surtout si vous êtes encore jeune et que vous ayez à parler avec des personnes du monde. Voici l'instruction donnée par le séraphique saint Bonaventure à un jeune religieux qui accompagnant un ancien se trouve en conversation avec les séculiers.

« Qu'il se taise jusqu'à ce qu'on l'interroge et, étant interrogé, qu'il laisse le soin de répondre à son ancien. Qu'il prémédite ce qu'il doit dire avant que de le proférer et qu'il le lime deux fois par la réflexion avant de le passer sur sa langue. Il pourra arriver qu'on le questionne sur ce qui est de sa religion ou sur ce qui concernera des personnes absentes, ou sur certains bruits en circulation ou sur d'autres choses plus ou moins notables; c'est là qu'il doit bien être sur ses : 's pour ne pas risquer des explications inoppor-

tunes, ne pas livrer des secrets domestiques à la malveillance du monde et ne pas vanter son ordre au préjudice des autres...

« Si dans le discours on met en avant quelque chose qui soit au désavantage de personnes absentes, qu'il prenne toujours et franchement leur parti et que jamais il n'incline le moins du monde vers ceux qui médisent ; souvent même on ne lui tient de tels discours que pour le sonder et l'éprouver.

« Un saint religieux racontait qu'un certain personnage l'étant venu voir eut l'air de se répandre en invectives contre des religieux qu'il lui nomma. Ce bon père lui résista de toutes ses forces, excusant constamment ceux qu'il entendait accuser. Le détracteur admirant cette douce générosité finit par avouer qu'il avait voulu s'assurer de la charité mutuelle de deux ordres religieux; il ajouta qu'un père de l'autre ordre soumis à la même épreuve n'en était pas sorti aussi avantageusement et avait bientôt cédé à l'attrait de la médisance.

Nous parlerons dans l'article suivant des propos dont il convient de se garder en conversation ; il nous suffit d'avoir posé ici ce fondement que nous devons être « fort retenus à parler et plus prompts à écouter,» comme dit saint Jacques, puisque Dieu, suivant la remarque si connue du philosophe Zenon, nous a pourvus de deux oreilles pour entendre et d'une seule bouche pour parler « Apprenons comme deux, dit à ce propos saint Basile, et ne parlons que comme un. » (Lib, de vera Virgin.)

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