CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION
ARTICLE II
Des propos à éviter dans la conversation.
Quoique le nombre des mauvaises paroles soit infini, puisque nous sommes obligés de les éviter, il ne faut pas les passer sous silence.
Pour aider votre mémoire, vous pouvez les prendre par les lettres de l'alphabet et vous dire qu'il faut bannir de vos discours toutes les paroles ambitieuses, blasphématoires, colères, dissimulées, envieuses, flatteuses, galantes, hardies, injurieuses, licencieuses, médisantes, nuisibles, oiseuses, parjures, querelleuses, rapporteuses, sacrilèges, téméraires, vaniteuses et zélées (d'un faux zèle).
Ce n'est pas tout; car de même que des lettres de l'alphabet on tirerait un plus grand nombre de combinaisons qu'il n'y a d'étoiles au ciel, on pourrait des principales espèces de paroles en faire d'innombrables. Aussi l'apôtre saint Jacques a-t-il nommé la langue l'université d'iniquité. Mais parmi tout cela qu'il faut soigneusement éviter, je vous signale surtout sept espèces de paroles qui sont les plus dangereuses et les plus communes.
Les paroles oiseuses et les propos de raillerie sont jugés par saint Bernard insupportables dans la bouche d'une personnne consacrée à Dieu; il va jusqu'à les égaler aux blasphèmes et aux sacrilèges. (S. Bern. 1. ?, de Consul, c. 13.) Et saint Benoit a rigoureusement
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proscrit de ses monastères tout entretien de ce genre. (S. Ben. Reg. c. 6.) Cet abus de langage est plus grave encore et mériteles foudres du ciel, suivant sain t Jean Ghrysostôme, quand on mêle à la bouffonnerie des paroles sacrées ou des choses saintes. (S. Chrys. Hom. 17, ad E plies. 5.)
Mais nous n'en venons pas si loin, direz-vous, nous ne raillons pas en matière de religion ; nous ne voulons que passer le temps! Y a-t-il du mal à rire et et n'est-ce pas plutôt charité? « Ah! quelle charité destructive de la charité, dit saint Bernard, si vous faites métier de plaisant et que vous ayez pour habitude de rire et dérailler toujours! » (Apol. ad Gui. abb.) Vous étouffez l'amour de Dieu et vous vous exposez à blesser le prochain par des mots piquants et maladroits. D'autres fois ce sont des railleries malséantes qui blessent la pureté et scandalisent le prochain.
Après tout, la bouche parle de l'abondance du cœur ; si vos plaisanteries sont profanes, vous avez l'esprit mondain ; si elles sont piquantes, vous avez dans votre caractère de l'aigreur et de la malveillance ; si elles sont simplement ridicules, votre esprit est ridicule, comme dit Clément d'Alexandrie. (2 Pœdag. cp. 5.)
On demandait h saint Thomas à quelle marque on pouvait reconnaître qu'une personne fait des progrès dans la vertu, il répondit par cette sentence digne du maître de la sagesse : « Si vous voyez, dit -il, un homme railleur en ses discours, un homme qui se plaise à des niaiseries et qui ne puisse supporter des mépris, cet homme ferait-il des miracles, ne le prenez jamais