‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 177 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

pour homme spirituel et intérieur. » Pourquoi cela? « Parce que sa vertu est sans fermeté ni consistance. » C'est un extérieur qui n'a point de rapport à une vraie vertu intérieure; s'il y a quelque bien, il est superficiel et ne durera pas. A quoi bon maintenant cet air modeste, cette piété de cérémonie, ce ton grave et étudié, pour venir tout-à-l'heure conter des sornettes et se repaître de vaines plaisanteries? Cela n'a pas de logique ni d'ensemble harmonieux.

Un autre vice très-commun et cependant très-désagréable à Dieu, c'est la médisance qui est d'autant plus dangereuse qu'elle distille son venin plus subtilement et plus facilement. Sans parler de la calomnie, qui est une détraction doublée de mensonge et de haine, on ne médit pas seulement quand on raconte du prochain des fautes inconnues ; mais aussi quand on les fait connaître par des signes, par des gestes, ou même par le silence gardé à certains moments, ou quelquefois encore par une manière de louer la personne absente. Je crois bien que vous n'avez pas l'âme si noire que de vouloir inventer une calomnie ou en répéter une qui vous est connue pour telle; mais je crains bien qu'il ne vous en échappe par ignorance. Je crains que vous ne soyez trop facile à croire le mal qu'on vous dit d'autrui, en quoi vous seriez trop léger de cœur, comme dit le Saint-Esprit de celui qui croit trop tôt et trop vite. (EcclL 19.) Il y a des docteurs qui jugent coupable de péché mortel une personne qui croirait un mal important de son prochain, parce qu'elle l'entend dire, si la personne qui le dit

n'est pas absolument digne de foi. Soyez donc bien sur vos gardes et ne croyez presque, en fait de mal, que ce dont veus êtes témoin.

Quand même vous seriez sûr de la vérité, ne la déclarez pas à ceux qui n'en savent rien, sous peine de péché grave, suivant la matière. Il y a des esprits si faibles qu'ils ne sauraient garder même un" secret où il va de l'honneur et de la réputation de quelqu'un. Ils font comme le maudit Cham, fils de Noé, qui ayant aperçu ce qu'on ne doit point voir en son père, se hâta de l'annoncer aux autres. Ils vont chercher un ami pour révéler les hontes de leur prochain, ou du moins ils ne sont pas fâchés d'en rencontrer à qui parler de choses qu'il faudrait recouvrir du manteau de la charité. La conscience leur reprocherait de lâcher d'eux-mêmes une parole de médisance, ils se la font arracher par certaines questions qu'ils provoquent adroitement; ils disent d'abord la chose à demi et la disent enfin tout entière et au delà. Gardez le secret, malheureux détracteurs ; pourquoi vous pèse-t-il si fort? Ne pouvez-vous le garder, étouffez-le dans un éternel oubli.

Souvenez-vous qu'on peut médire, sans parole, par signe et par silence : par signe, quand la personne dont on sait du mal venant à passer ou se trouvant présente, on cligne de l'œil, on hausse les épaules, on fait une grimace d'improbation, on pousse du coude, etc.

Vous médiriez par silence dans le cas où, en louant une personne devant vous et vous demandant votre

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