‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 179 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

qui blesse votre conscience. N'ayez point la personne pour suspecte, mais sa langue, surtout dans l'entretien ordinaire. La simplicité de la colombe est bonne ; mais il faut encore en ce point la prudence du serpent. La sainte Vierge entend parler un ange et elle ne reçoit pas sa parole sans l'examiner. » Je laisse le reste du discours de saint Bernard (Scrm. 17 de Diversis.); il y dépeint le crime de médisance sous de vives et effroyables couleurs.

Il peut arriver que vos propos ne diminuent point la réputation de votre prochain, parce que vous ne parlez que de ses défauts bien connus ; néanmoins vous avez tort d'en parler sans nécessité. C'est une chose étrange que nous nous entretenons plutôt des défauts que des vertus d' autrui ; nous passons les grâces et les bonnes qualités dont il est doué et nous allons chercher où nous arrêter sur son côté faible, comme les oiseaux impurs qui passent toutes les fleurs d'une prairie pour tomber sur une proie infecte. « C'est pourtant le signe d'un esprit bas et vil, dit saint Jérôme, que d'avilir et d'abaisser les autres, » (Hier. Ep. ad Rust.) comme si le blâme des autres formait notre louange. Il en faut conclure que nous n'avons point ao^ez de mérite en nous-mêmes, quand nous cherchons à nous en faire un de la comparaison que nous établissons entre nous et d'autres personnes dont nous réduisons le mérite,

Gardez-vous de cela, particulièrement si vous vous sentez mal disposé envers quelqu'un ; ne parlez point du tout de lui, ni de ce qui le touche, sans avoir au-

paravant prié Dieu et préparé votre esprit. La bouche se fait volontiers l'interprète de nos sentiments.

Si vous êtes tombé en quelque médisance notable, ne vous couchez point sans vous être confessé d'un péché qui peut aisément être mortel. Mais fuyez l'occasion d'un tel malheur et, pour ne point tomber dans les grandes médisances, ayez horreur des moindres.

Prenons bien garde surtout de rapporter à quelqu'un ce qu'un autre aura dit de lui qui serait de nature à le blesser. Croyez-moi, redoutez cette façon d'agir comme pernicieuse et diabolique. Un flagorneur, un rapporteur, c'est la peste d'une communauté; de tels gens méritent d'en être séparés comme des excommuniés, ainsi que saint Basile l'ordonnait pour toute espèce de médisants. Il allait plus loin et prescrivait lamêmepeine pour ceux qui écoutent ou qui souffrent les détractions, surtout si elles regardent la personne des supérieurs ; en ce genre de péché, il n'y a rien qui n'ait son importance. Il ne faut souvent qu'un mot pourimprimer dans l'esprit d'un inférieur une fâcheuse opinion de son supérieur. Un mot peut anéantir toute la simplicité de l'obéissance et en dessécher toute la dévotion. Un mot jettera parfois une semence de discorde, d'animosité et d'aversion entre des frères, un mot troublera la paix commune et la discipline régulière. Pesez ces conséquences et que ce ne soit jamais vous qui ayez à en répondre.

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