‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 180 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

ARTICLE III

Suite du même sujet. — Des paroles dont il faut s'abstenir.

Un des grands vices qui se peuvent rencontrer dans la conversation, c'est la discussion provenant ou de la diversité des sentiments ou de l'envie d'avoir le dessus ou de quelque autre mauvais principe. Parmi les instruments des bonnes œuvres, qui sont comme une provision d'armes spirituelles dans un riche arsenal, saint Benoît a mis pour le soixante-sixième cette maxime : « De n'aimer point à contester. » Et ailleurs il ordonne que celui-là soit châtié qui est sujet à ce vice. Ce n'est pas qu'il ne puisse arriver que deux esprits d'opinion contraire ne commettent aucun péché à défendre chacun son avis; mais c'est lorsque l'un et l'autre proposent avec douceur et bienveillance leurs raisons, en gardant une modération qui témoigne moins du désir de rester vainqueur, ou de l'ambition d'étaler son savoir, que d'une droite et simple intention de trouver la vérité.

Gardez-vous encore plus de contester avec vos supérieurs ; la contestation alors prendrait le nom de rébellion. N'oubliez pas cette maxime de saint Augustin qui l'a peut-être tirée de Sénèque. « Contester avec son pareil est un danger, avec son supérieur un emportement et avec son inférieur une bassesse. » (Seneo. 1. 2, de Ira c. 34. — Turcrem. tr. 49, in c. 4.) Rappelez-vous la colère du Seigneur contre les furieux ré-

voltés du peuple d'Israël. Ils contestèrent avec Moïse leur supérieur et Dieu ne leur voulut jamais entièrement pardonner, pas même sur les instances de Moïse qui leur avait cependant obtenu la rémission d'une noire idolâtrie et d'autres injures s'attaquant directement à la majesté souveraine.

Le remède à toutes les contestations est de céder et de se laisser vaincre. Déposez les armes et vous terminerez le combat avec honneur, au dire du Saint-Esprit lui-même dans ce passage des Proverbes : « Il y a honneur pour l'homme à s'éloigner des disputes. » (Prov. 20.) « Mieux vaut, dit saint Grégoire de Nazianze, être vaincu honorablement que de vaincre avec péril et désordre de péché. » (Orat. 1, n. 180.) Saint Valérien, évêque de Cimies, dit qu'on remporte une double victoire en cédant à un adversaire ; on surmonte ses propres mouvements et l'on tempère ceux du prochain. « Taisez-vous seulement, dit-il, et tenez-vous pour battu, vous serez vainqueur et vous mériterez le double salaire de votre force d'âme et du bien que vous faites à votre frère. » Saint Benoît, dans ses courtes prescriptions dont nous avons parlé plus haut, dit que, s'il arrive quelque contestation entre deux frères, celui qui se sera tû le premier soit réputé le plus sage. Mais il faut faire cette adhésion à propos et avec humilité, et non comme ceux qui, pour faire montre de sagesse et ostentation de vertu, terminent la dispute, de façon à témoigner de leur mépris pour les autres.

Soyons en défiance de nous-mêmes et, pour plus grande sûreté, ne prenons jamais un ton d'affirmation

Page 1