‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 182 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

pécheur ne m'engraisse pas la tête; » (Ps. 140.) c'est à dire que l'onction des douces paroles ne me vienne point troubler la raison ni m'enivrer le cœur.

C'est une lâcheté trop indigne d'une âme religieuse qui a embrassé la croix de Jésus-Christ et qui doit avoir un cœur ferme et généreux, de se plaire dans les paroles mielleuses de la flatterie et de se laisser charmer par la douce musique d'une vaine louange et d'un compliment étudié.

Le cinquième vice de la langue, c'est d'être impérieux soit à reprendre facilement les défauts d'autrui, soit à commander à nos égaux. « Que l'humble religieux, dit saint Bonaventure, n'usurpant jamais l'office des anciens et des supérieurs ne s'embarrasse pas des faits d'autrui et n'ait pas la présomption d'enseigner ou de gouverner ses frères ni de les reprendre ou de leur commander. »

Ce 'serait d'ailleurs appesantir le joug de l'autorité que de s'établir sans mission comme un supérieur de plus, à côté de ceux dont les commandements exigent une entière obéissance.

La charité fraternelle s'en trouverait fort mal; car il n'y a rien de plus aisé, dit Plutarque, que de reprendre les autres; mais il n'y a rien de plus odieux ni de plus fâcheux.

Un sixième vice, c'est le murmure qui a semblé si indigne d'un religieux au grand saint Basile qu'il imposait pour pénitence au murmurateur d'être séparé de la communauté, et cela pour toute une semaine. C'était une sorte d'excommunié, pas un des frères ne

devait travailler avec lui et son ouvrage même ne devait pas être mêlé à ceux des autres religieux. Bien plus, après l'amendement et la pénitence, le murmurateur n'avait pas droit à ce que son ouvrage, admis alors parmi les travaux communs, servît à l'usage de ses frères, de peur, dit saint Basile, que le murrnurateur n'oublie combien est grandie mal qu'il a commis. (S. Basil, ticg. c. 42 versus fmeni.)

Le septième et dernier vice de la conversation, pour ne pas les nommer tous, est le mensonge qui est la seconde des sept choses que Dieu a en horreur, comne il le dit dans la sainte Ecriture, (Prov. 6.) et qui est un vice tellement odieux que, suivant la doctrine des saints et de tous les théologiens, il n'est jamais permis de mentir, quand ce serait pour sauver le monde entier. Les anciens chrétiens auraient mieux aimé mourir que de mentir une seule fois. Serait-il possible, après cela, qu'une âme qui fait profession de religion voulût, pour couvrir une faute ou éviter une confusion, un reproche, niât la vérité et lui préférât de vaines considérations d'amour-propre ou de fausse prudence?

Haïssez ce vice haï de Dieu ; ne mentez jamais ni avec délibération ni par étourderie, ni directement ni indirectement, ni tout à fait ni à demi; ayez le respect de la vérité. Considérez ce que vous dites, n'exagérez point quand vous racontez quelque chose, ne retranchez rien non plus de ce qui est ; prenez pour maxime ces quatre mots de l'Esprit-Saint : Est, est; non, non. C'est oui, c'est oui ; c'est non, c'est non. Evitez

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