‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 183 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

les hyperboles et les superlatifs ; la vérité est plus simple, elle est plus ingénue ; à quoi bon la forcer et y mêler de notre humeur ou de notre vivacité ?

Enfin, fuyez les paroles équivoques et à double entente. Qu'on ne dise pas de vous : un tel ne ment pas ; mais il ne dit pas la franche vérité.

ARTICLE IV

Des bons discours delà conversation.

Le Fils de Dieu nous a laissé un bel exemple des pieux entretiens de la conversation familière, outre les admirables prédications qu'il faisait publiquement à des peuples entiers dans le temple, dans les synagogues, sur les places publiques, sur les montagnes et jusque sur l'avant d'un bateau. Quelquefois il semblait prendre plaisir à n'instruire que peu de personnes, comme ses apôtres, ou certaines familles ou des sociétés particulières, ainsi qu'il fit dans les maisons de saint Matthieu, deZachée, du pharisien, de Lazare; etc., quelquefois il s'en prenait à deux personnes seulement, comme aux pèlerins d'Emmaùs ; d'autres fois à une seule, comme à Nicomède qui le vint visiter la nuit, ou comme à la Samaritaine. Les Apôtres l'ont suivi en cela : saint Pierre catéchisa le centenier Corneille avec quelques parents et amis de sa maison; saint Philippe, diacre, enseigna l'eunuque de la reine d'Ethiopie; saint Paul révéla heureuse-

ment la foi au geôlier de sa prison et c'était sa coutume d'annoncer Jésus-Christ parles maisons, comme en public, ainsi qu'il l'écrivait lui-même à l'église de Milet. (Act. 20.)

Les Apôtres et leurs disciples ont été imités des saints, dont un des premiers fut saint Antoine qui a eu par excellence le don de parler des choses de Dieu. Voici ce qu'en dit saint Athanase dans la vie du grand cénobite : « Son discours assaisonné de sel consolait les affligés, éclairait les ignorants apaisait les colères et persuadait à tous de ne rien préférer à. l'amour de Jésus-Christ. Il dépeignait vivement à ses auditeurs la grandeur des biens futurs, louait souvent la bonté de Dieu et les bienfaits que nous en recevons. Quant aux bons résultats de ses entretiens, « qui est, dit saint Athanase, celui qui parlant à saint Antoine n'ait changé sa tristesse en joie, sa colère en paix ? Qui est celui que le discours de saint Antoine n'ait consolé d'une perte d'amis et de parents? Il n'y eut personne qui, accablé des besoins de la pauvreté, ne se soit réjoui en sa conversation et ne soit allé, sous l'action de ses paroles, jusqu'à mépriser l'opulence des riches. Quel religieux dans le découragement n'a été soulagé par l'exhortation de saint Antoine? Qui fut jamais si embrasé des mauvaises ardeurs de la jeunesse que la parole du saint ne l'ait rendu ami de la pureté, ou si tourmenté du démon, si obscurci de noires pensées qu'il n'ait trouvé ni remède ni lumière auprès du saint et que son esprit ne soit redevenu bientôt plus serein et plus tranquille?

Page 1