CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION. 'M
Saint Athanase ajoute que saint Antoine avait cela d'admirable qu'étant homme sans littérature, il était cependant très-ingénieux et aussi clairvoyant que prudent. Et il en donne pour exemple deux philosophes qu'il convainquit par un dilemme et qu'il amena même à la profession de la foi chrétienne, il avait de même confondu certains beaux esprits venus exprès pour se moquer de sa simplicité.
Cette façon d'enseigner les choses spirituelles par des discours ordinaires et familiers, pour être commune et facile, n'en est pas moins utile et quelquefois elle l'est plus que les sermons publics où l'on parle à tout le monde et où il n'est pas permis d'interroger ni de répliquer. Dans un entretien privé, une personne prudente ajuste toutes ses paroles à son interlocuteur ; celui-ci peut répondre et s'éclairer et l'autre, interroger et s'expliquer.
Les fruits de ces bons entretiens se peuvent réduire à trois chefs qui sont aussi les trois fins que nous devons nous proposer et les trois principaux motifs qui nous doivent obliger à cette sainte pratique.
Le premier est pour ce que nous devons à Dieu ; le second pour le bien du prochain et le troisième pour notre propre avancement spirituel.
Pour la première considération, si nous aimons Dieu, nous parlerons de lui; car est-il rien de plus doux que de parler de l'objet qu'on aime ? Si nous avons l'esprit de Dieu, il ne manquera pas de paraître ; comme la fumée sort du feu. « Il convient, dit saint Bonaventurôj que le serviteur de Dieu parle de Dieu
pour vérifier ce qui est écrit : « Si quelqu'un parle, que ce soit comme paroles de Dieu ; » c'est-à-dire que ce soit des discours ayant Dieu pour principe et pour but et procédant d'un cœur rempli de Dieu ; que ce soit des louanges de Dieu ou de ce qui touche à son service. 0 que ces saintes âmes pratiquaient bien cela qui passaient doucement les nuits entières à parler de Dieu, les jours ne leur suffisant pas pour la soif de leur cœur altéré de Dieu ! Ainsi saint Paul, premier ermite, et saint Antoine ; ainsi saint Benoît et sa sœur sainte Scolastique; ainsi saint Augustin et sa mère sainte Monique; ainsi tant d'autres saints qui, après leurs pieux colloques sur les biens éternels, se trouvaient si dégoûtés de la terre qu'ils dédaignaient d'y penser et d'avoir encore soin de la vie de leur corps. « Mais aujourd'hui, disait saint Bernard, que nous sommes éloignés de ces bons Pères ! On ne parle point de Dieu, et savoir entretenir la compagnie de toute autre chose que de Dieu, s'appelle affabilité et discrétion ; parler de Dieu au contraire passe pour rusticité ou mélancolie ! 0 quelle discrétion et quelle charité ! »
Certainement le fils de Dieu a en cela grand sujet de se plaindre de nous, comme il fit un jour parlant à une âme sainte, suivant que le rapporte Tanière dont le témoignage est digne de foi. « Je me plains, dit le Sauveur, de ce que les hommes ne parlent pas plus de moi et n'ont pas plus mes maximes à la bouche que s'ils ne me connaissaient point. » N'ètesvous point de ceux sur qui cette plainte retombe? Vous seriez pires alors que ces mauvais israé-