‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 185 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

lites qui se dégoûtèrent de la manne, quoiqu'elle fût le pain des anges et qu'elle eût toute sorte de saveur. Avouez-le, vous êtes dégoûté de Dieu, si vous vous ennuyez de parler de lui et si vous prenez goût à toute autre chose qu'à celui qui a .toute sorte de suavité et de douceur pour les anges et pour lui-même. Epurez votre goût et votre langue, parlez souvent et volontiers du Dieu tout-puissant et de notre bon Sauveur, et il sera présent à vos entretiens, comme aux discours des disciples d'Emmaùs qui parlaient de lui et de ses divins mystères ; il embrasera votre cœur de son amour, vous éclairera de ses pures lumières et vous donnera un tel goût pour ce genre de discours que vous regretterez de voir la nuit venir vous interrompre. Les disciples d'Emmaùs voulaient retenir le Sauveur et le forcer de demeurer et déloger avec eux ; sans le connaître, ils lui dirent : « Demeurez avec nous, il se fait tard; c'est-à-dire, comme l'explique saint Bernard : « De grâce, ne nous laissez point, notre doux ami, et ne vous fatiguez point de causer avec nous. Faites-nous encore entendre vos célestes paroles ; parlez-nous encore un peu de cette joie de la résurrection et de cette amoureuse passion ; il se fait tard, mais nous passerons la nuit avec vous. » Le Sauveur se laissa en apparence retenir de force et il ne les quitta qu'après les avoir illuminés et bénis. » (S. Bern. de duob. discip.)

Le deuxième motif qui nous doit porter à parler des choses bonnes, c'est le bien de nos semblables. Saint Paul dit : « Qu'en parlant il faut dire quelque chose

qui édifie les auditeurs. » (Eph. 4.) C'est l'un des meilleurs moyens de profiter aux âmes que de les entretenir de Dieu et de leur salut; car les gens du monde voyant que le serviteur ou la servante de Dieu est toujours d'un bon entretien, en conçoivent une grande estime et portent un grand respect à celui qu'ils connaissent pour être si rempli de Dieu ; d'où il résulte que nos visites et toutes les fonctions pratiquées envers eux sont d'une grande efficacité. Au contraire, si nous ne parlons que du monde ou toujours de choses indifférentes, ils se trouvent trompés dans leur attente, ceux-là du moins qui viennent à nous pour se consoler spirituellement et qui sont désireux de leur salut et de leur perfection, ceux, en un mot, que saint Antoine appelait Jérosolymitains.

Ces personnes savent bien, en effet, que chacun doit parler de son état, les médecins de remède et les prêtres de sanctification. Si notre profession est de servir Dieu, de travailler à la cure des âmes, nous n'avons rien de mieux à dire que ce qui peut édifier nos frères et leur inspirer le regret de leurs fautes et l'amour de Dieu.

Le troisième motif est notre intérêt propre ; car les bons discours nous garantissent des dommages spirituels que peut nous causer l'entretien des personnes qui aiment le monde et ses vanités. «. 0 combien, dit saint Laurent Justinien, y a-t-il eu de notre temps de personnes qui luisaient comme des lampes ardentes etcommedesluminairesdu mondedevantles hommes! Mais peu à peu la conversation et les discours des se-

Page 1