‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 186 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

culiersles ont attiédis et fait retourner misérablement aux premières œuvres de la vie séculière. » (L. de Discip. c. 22.) Mais, quand vous seriez si parfait et si ferme dans la vertu qu'il ne serait pas à craindre que vous démentiez jamais votre profession, pensez-vous que les vains discours ne souillent point votre esprit et votre cœur? « On en vient aisément à faire ce qu'on écoute volontiers, » dit saint Bernard.

Au contraire, exprimez hautement votre piété, exhortez tout le monde à fuir le péché, à cultiver la vertu, cela vous servira beaucoup et vous détournera de mal faire. Si l'ennemi vous tentait de quelque chose mondaine, vous n'oseriez vous y laisser aller, ayant parlé de la vertu comme vous avez fait et vous étant heureusement engagé à ne pouvoir faire le contraire de vos paroles.

De plus, c'est encore un grand avantage des bons entretiens que votre esprit risque moins de se dissiper et que vous revenez plus doucement à l'oraison et à vos exercices spirituels. C'est ce qu'on lit de saint Thomas d'Aquin, qu'il était toujours prêt à se recueillir en Dieu après la conversation même, parce qu'il parlait toujours de choses bonnes et utiles. Enfin vous éviterez une infinité de péchés en parlant de Dieu ; car non-seulement vous-même vous en commettriez par des paroles oiseuses ; mais vous seriez responsable de ceux que commettrait la personne qui vous parle de choses vaines et dont vous souffrez l'entretien. Nous pouvons dire que, comme Dieu et les anges se trouvent avec ceux qui s'entretiennent

de bons discours, les démons, au contraire, aiment la compagnie de ceux qui, par de futiles propos, accumulent péché sur péché.

ARTICLE V

Quels sont eu particulier les pieux propos qu'il faut mettre en avant dans la conversation.

L'épouse sacrée donne cette louange à son saint époux, l'objet de son divin amour, que « ses lèvres ressemblent à des lis qui distillent la première myrrhe. » Ses paroles sont toujours pures et virginales et ressemblent à la blancheur du lis. Il n'y a rien de la terre, tout est du ciel ; car le lis est comme une cloche renversée qui, fermée en bas vers la terre, est ouverte en haut vers le ciel. Mais savez-vous la vraie raison pour laquelle les lèvres de l'épouse sacrée distillent la myrrhe précieuse ? Que signifie la myrrhe ? Elle nous représente diverses choses qui sont bonnes et saintes et qui doivent sortir de notre bouche, à l'imitation de notre immortel époux. « La myrrhe, dit saint Ambroise, signifie la passion de Jésus-Christ. » (S. Ambr. 1. de Instit. Virg. c. 15.) Voilà un bon sujet d'entretien dont il se servit lui-même avec les disciples d'Emmaùs ; aimons donc à parler de cette sainte mort et passion. Saint Grégoire de Nysse entend par la myrrhe la mortification un peu amère à la nature, mais très-saine et préservatrice de la corruption du péché. (S. Greg. Nyss. Hom. 14 in Cant.) Il est bien de mêler souvent à

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