‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 187 sur 233 · CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DE LA CONVERSATION

nos discours la manière d'acqu'rir l'abnégation de soi-même et de progresser dans la vertu. Saint Grégoire pape entend par la myrrhe les exemples des saints, les souffrances des martyrs et par conséquent la mortification de la chair qu'ils ont pratiquée. Voilà des matières générales et des sources communes de bon entretien.

Il y en a d'autres plus spéciales et appropriées aux personnes avec qui l'on est en rapport. Si , par exemple, vous parlez à un malade, vous traitez du bien de la patience, des fruits spirituels qu'apportent les maladies par lesquelles Dieu nous visite et éprouve notre vertu. Si vous parlez à une veuve, votre discours mettra en relief les avantages de laviduité et de l'état de chasteté. Avez-vous affaire à un jeune homme, vous lui expliquez combien il est beau et utile de mener une vie pure, de fuir les compagnons de mœurs dépravées, d'allier la dévotion à la culture des lettres. Si vous consolez des personnes de la douleur où les plonge la perte de leurs parents, de leurs amis, entretenez-les des misères de la vie présente et des joies éternelles de l'autre. Parlez-vous à un riche, faites-le se souvenir d'acheter le royaume des cieux par des aumônes ; et ainsi du reste, suivant l'occasion et le besoin et surtout d'après les inspirations de la vraie charité qui est douce et prudente.

Saint Bernard nous a laissé un parfait exemple de la manière dont nous devons entretenir nos semblables- « Son discours, dit l'abbé Geoffroy, son disciple, était dans toutes les rencontres un discours d'édification

pour les personnes à qui il parlait ; et il se conformait si bien à l'intelligence, aux mœurs et aux inclinations qu'il connaissait en chacun, qu'il s'adressait aux gens de la campagne, comme s'il eût passé toute sa vie au village, et aux nobles, comme s'il n'avait jamais quitté la cour. Il était savant avec les savants, simple avec les simples et il abondait en conseils de perfection et de sagesse avec les hommes d'intérieur. Enfin, il s'ajustait à toutle monde, désirant les gagner tous à Jésus-Christ. Aux rois et aux princes, aux prélats et aux papes mêmes il parlait de ce qui touchait la gloire de Dieu et le bien public. Partout il faisait le bien et semait le bon grain des paroles utiles. »

On pourra tirer adroitement un sujet d'entretien des occasions qui naissent à l'heure même où il se dit et se fait quelque chose : notre Sauveur le pratiqua d'une manière admirable envers la Samaritaine, quand il passa de l'eau matérielle à l'eau de grâce qui jaillit pour la vie éternelle, la conduisant ainsi peu à peu à travers les replis de sa conscience jusqu'à une parfaite conversion. Une autre fois, dans la maison du pharisien, il prend occasion des pensées téméraires de cet homme pour louer la sainte pécheresse, Madeleine. Il rencontre ses apôtres péchant, il les aborde avec une adresse vraiment divine et leur promet de les faire pêcheurs d'âmes, par où, sa grâce aidant, il les amène de la pêche matérielle à ses desseins éternels pour la conversion des âmes. Saint Paul imita sagement son maître, lorsque traduit devant les Athéniens idolâtres, il prit pour point de départ

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