CHAPITRE XIII. — DU SILENCE
Me, «vos lèvres sont fermées d'un ruban d'écarlate, » vos paroles arrêtées par une pudique rougeur. Or, puisque toutes les âmes religieuses ont l'honneur de vous regarder comme leur mère et protectrice, il faut que, pour être vos légitimes enfants, elles prennent à tâche d'imiter cette rigueur d'un exact silence, comme vous avez imité votre fils, espérant que par là vous daignerez voir et aimer en eux la ressemblance de vos vertus. »
Il ne faut point séparer saint Joseph d'avec sa sainte Epouse ; il a été avec elle une vraie copie du silence de Jésus-Christ. Ce saint patriarche, plus homme d'action que de parole, agissait tant et parlait si peu que, dans toute l'histoire évangélique où il eut une si grande part, nous ne lisons point qu'il ait dit un seul mot. Il considérait avec la mère de Dieu et admirait avec elle silencieusement les mystères, les œuvres et les paroles de ce Verbe-Enfant, et Marie et Joseph se tenaient ensemble comme deux Chérubins attachés du regard et de la pensée à ce divin Propitiatoire ; ils se tenaient les yeux baissés, la bouche fermée et les lèvres immobiles. « Ils étaient là, » suivant le récit de saint Luc, (Luc. 2) admirant les merveilles qu'on disait de l'Enfant. »
L'exemple du glorieux précurseur saint Jean-Baptiste n'est pas moins admirable, comme nous l'avons vu précédemment. Il fut le Père des moines, dit saint Jérôme, et tous ceux qui l'ont suivi dans cette profession, tous les religieux et religieuses n'ont rien de plus cher que ce saint exercice du silence.
L'abbé Agathon se condamna lui-même à porter pendant trois ans une pierre dans la bouche, avec une telle rigueur que, quand il aurait voulu parler, il ne l'aurait pu. On lui demanda pourquoi il s'était mis dans cette impuissance de parler ; il répondit par ce passage des Proverbes : Qui custodit os suum custodit animam suam. (Prov. 13) « Celui qui garde sa bouche, garde son âme. » Il croyait, non sans raison, que la première vertu qu'il fallait entreprendre était de réprimer sa langue, et il tenait pour certain que celui-là ne saura jamais parler comme il faut qui ne saura se taire.
Si les saints se sont condamnés à un pareil silence, n'avez-vous pas honte de manquer souvent à celui que vous imposent vos règles ? Si ceux qui étaient remplis de Dieu et dont le discours pouvait plus servir à sa gloire que nuire à leurs âmes, s'abstinrent même des choses bonnes, ne devez-vous pas beaucoup plus réprimer tant de paroles sortant de l'abondance d'un cœur plein de lui-même et vide de Dieu? De quel prétexte couvrirons-nous notre lâcheté, au jour du jugement où notre conduite sera mise en regard de la le ar? Que ces choses fassent impression sur nous; profitons de leurs exemples et nous ressentirons avec ces grands hommes les avantages de la loi du silence que nou? allons exposer.