‹ La journée pieuse ou instructions pratiques pour sanctifier chaque jour par les exercices de la vie chrétienneChapitre 201 sur 233 · CHAPITRE XIII. — DU SILENCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. — DU SILENCE

ARTICLE II

De l'utilité du silence pour éviter le mal et pour faire le bien.

Ce qui empêche que les exemples des saints aient sur nos esprits l'influence qu'ils devraient avoir, c'est que nous regardons ces pratiques de vertu, non comme des moyens qui les ont sanctifiés, mais comme des effets singuliers de leur éminente sainteté. Nous voyons dans leurs vertus des miracles et des extases plus admirables qu'imitables ; mais ne nous trompons point en cela , ces grandes pratiques de silence observées par des saints éminents étaient des effets de vraie sainteté, mais aussi des moyens par lesquels Dieu les a sanctifiés, moyens proposés à notre imitatation et accessibles à chacun de nous. Il est certain, par exemple, que le silence nous doit garantir d'une infinité de péchés et nous faire accomplir un grand progrès dans les vertus. Cette double vérité n'est pas difficile à montrer, la doctrine sacrée des livres saints, des Pères et des Docteurs se joignent à la saine raison pour la mettre hors de toute contestation.

1° Quant à ce qui est d'éviter le mal, l'Ecriture nous avertit hautement que, « dans l'abondance des paroles on n'évitera point le péché. » (Prov. 10.) On se garantit donc du mal en parlant peu et encore mieux en se taisant. La raison de cela est que la langue est prompte et glissante et que, laissée trop libre de babiller, elle mêle le faux au vrai, le préjudiciable à l'utile, le su-

perilu au nécessaire. « Fermons la porte de notre bouche, dit saint Ambroise, de peur que le péché n'entre par là même d'où sort un excès de langage. » (S. Ambr. 1. de Cain Abel. c. 9.)

2° L'habitude de dire quantité de choses indifféremment nous fait tomber parfois en de grands péchés : d'une parole oiseuse on passe à une facétieuse, de celle-ci à une fâcheuse, puis à une malicieuse, à une médisante, à une licencieuse.

Beaucoup parler dissipe les forces de l'âme et prépare en conséquence le triomphe de la tentation. Les forces et l'énergie qui font que l'âme résiste au péché sont les bonnes pensées et les secours de grâce que Dieu envoie ; or, par l'excès de paroles, les saintes et pieuses pensées, la dévotion et les bons mouvements se perdent et s'éloignent peu à peu. G-ardez-vous de beaucoup parler, dit saint Dorothée ; car c'est ce qui étouffe les pensées raisonnables et. célestes qui viennent dans nos cœurs. Le grand saint Grégoire explique cela par la comparaison des canaux ou des écluses dans lesquelles l'eau enfermée s'élève toujours en remontant à la hauteur de laquelle elle descend, tandis que la même eau non contenue se répand inutilement. Il en est de même de notre âme ; elîe s'échappe hors d'elle-même par autant de ruisseaux qu'elle a de moyens de se dissiper et de s'égarer en paroles superflues. D'où il suit qu'elle ne peut plus revenir intérieurement à la connaissance d'elle-même. (S. Greg. Past. p. 3, c. 15.)

3° A force de parler on s'échauffe pour persuader ce

Page 1