CHAPITRE XIII. — BU SILENCE
à la dévotion et vous vous dites : « Véritablement le Seigneur est en ce lieu; ce n'est autre chose ici que la maison de Dieu et la porte du ciel. » (G-en. 28.) C'est pourquoi saint Jérôme exhortant des religieuses à bien observer les heures et les lieux de silence, leur disait que par ce moyen leur maison prêcherait la sainteté, donnerait de la componction aux babillards, porterait les affections aux choses célestes et inspirerait à d'autres filles de saints désirs de se rendre en leur communauté. » (S. Hier, ad Cclantiam.)
Or que faut-il faire de particulier pour bien observer ce continuel silence? Il faut, en dehors des heures du silence régulier et des lieux où il est interdit de parler, ne dire que peu de mots sur les choses nécessaires et raisonnables, et il faut ne parler qu'avec la permission du supérieur ou de la supérieure aux visiteurs séculieL-s. (Coristit. Fidiens. c. 41.) Parler peu et raisonnablement est le propre du sage (Eccl. 29.)
C'est pour cela, comme je l'ai dit au commencement de cet article, que Dieu a si bien emprisonné la langue sous trois obstacles et que trois clefs sont nécessaires pour l'ouvrir sans imperfection. La pi/ernière clef est gardée dans le coffre du cœur où la raison et la charité viennent seules la demander : « Le cœur des insensés, lit l'Ecclésiastique, est sur leurs lèvres; mais la langue des sages est dans leur cœur. » (Eccli. 21 .) La seconde clef reste au pouvoir du supérieur qui ne doit a prêter que difficilement et pour parier de choses )onnes, saintes et édifiantes, dit saint Benoit. La roisième clef est laissée aux mains de Dieu. 11 la lui
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faut humblement demander et faire oraison, avant que de parler ; car c'est au Seigneur, dit la Sainte Ecriture, à gouverner la langue. (Prov. 16.) Dites-lui donc avec le Psalmiste : « Seigneur, vous ouvrirez ma bouche ; » ou avec saint Augustin : « Que je me taise, Seigneur, et que vous seul parliez en moi.» Sileam ego et tu solus loquaris. 0 qu'une âme est heureuse quand elle s'acquitte bien de ce devoir 1 combien elle trouve plus de facilité à traiter avec Dieu, et que de force, de douceur et de tranquillité elle tire de son silence !
Vous appréhendez peut-être comme pénible la privation d'une chose aussi naturelle à l'homme sociable que l'entretien. Peut-être même que votre caractère renforcé d'une longue habitude y répugne tout particulièrement, mais l'Esprit des forts renversera ces obstacles. (Isa. 25.)
Prenez la ferme résolution d'empêcher votre langue de parler, comme dit saint Benoît, et quand les paroles vous viennent abondamment sur la langue, réprimezen le cours. Votre langue est un instrument d'un tranchant affilé, traitez-la comme fait un père qui voit un couteau entre les mains de son enfant. Il le lui ôte tout doucement.
Prenez, pour vous accoutumer au silence, certain temps auquel vous ne parliez point du tout, comme les jours de votre retraite annuelle, comme un ou deux jours du mois, autant que cela vous sera possible. Prescrivez -vous du moins un temps limité de silence, en vous disant en vous-même: «Je me propose de me taire pendant tel nombre d'heures; peut-êtra